Les mythes constituent une sorte de langage qui permet
de raconter le fonctionnement du monde "réel".
Les Egyptiens ont conçu un monde imaginaire, celui du "vrai",
dans lequel les divinités oeuvrent pour assurer le bon déroulement
des événements naturels. Chaque dieu accomplissant sa tâche
agit en conformité avec l'ordre cosmique instauré par le
démiurge et garantit l'équilibre universel. Le monde "réel"
étant constamment soumis à des perturbations, il ne peut
survivre que grâce à l'intervention du monde invisible du
"vrai".
Il faut se rappeler la toute-puissance du verbe et de l'image dans la
pensée égyptienne ancienne pour comprendre que les mythes
permettent d'intervenir auprès des divinités, via les rituels.
La
base de la religion égyptienne est le culte et non la croyance.
La pensée, le mot et le geste sont créateurs...
Plus qu'un rite, le culte est une création.
Les cosmogonies
Après l'unification du pays, la réunion des Deux Terres
sous l'autorité du Pharaon, les croyances et les cultes étaient
essentiellement édictés par les grands centres religieux
de l'époque. L'Histoire en retient surtout quatre: Héliopolis,
Hermopolis, Memphis et Thèbes. Chacun possédait sa propre
doctrine que l'on a pu entrevoir au travers de la description des rites
retrouvée dans certains documents. Chaque conception est plus ou
moins forte et répandue selon la période et le centre politique
qui favorise la religion de la dynastie régnante. Cependant, il
y a autant de cosmogonies que de sanctuaires majeurs dans le pays, chaque
divinité locale étant considérée comme le
démiurge.
Les différences que l'on découvre entre ces doctrines s'expliquent
par des divergences d'interprétation du mythe de la création
du monde. On ne peut pas parler de croyances en contradiction mais plutôt
de divers aspects d'une même vérité.
Certains éléments sont communs à toutes les cosmogonies:
- l'existence d'un océan primordial et informe, le Noun, d'où
émerge la colline primitive
- un dieu qui se crée lui-même puis crée les premiers
dieux qui, à leur tour, produisent le reste de l'Univers
- un état d'équilibre et de stabilité, conforme à
la Maât, qui seul permet l'existence du système.
Quelles sont les principales "actrices"
de la création du monde ?
Pour les habitants de la Vallée du Nil, les éléments
naturels qu'ils voient soumis à des cycles et qu'ils doivent apprivoiser
sont perçus comme des divinités. Chaque élément
de l'espace est à la fois réel et siège d'événements
dont l'explication se situe dans le domaine de "l'imaginaire".
Tels sont le ciel, le soleil, la lune, les étoiles, la terre, l'eau...
Avant de parler des divinités plus particulièrement "féminines",
il faut se rappeler qu'un certain nombre de dieux sont bisexuels:
-la déesse Neith, est "un homme
agissant comme une femme, une femme agissant comme un homme"...mais
ses représentations sont bien féminines
- un certain nombre de divinités masculines importantes sont
dites "père et mère" (notamment Amon,
Aton, Osiris, Sokar...)
- dans le Livre des Morts, la divinité féminine Mout
est décrite comme devant être pourvue d'un phallus en érection
en fait, la bisexualité concerne la fonction et non le personnage.
Représentations
du ciel
incarné par une entité féminine, le ciel
est considéré comme le lieu de régénération
du soleil qui renaît, chaque matin, après sa disparition
nocturne. La voûte céleste est donc la matrice dans
laquelle se poursuit la gestation pendant toute la nuit. On comprend,
dès lors, que sa représentation soit tantôt
celle de la maternité (image de la vache)
tantôt celle de la féminité (un corps de femme).
Cette dernière représentation est celle de la cosmogonie
héliopolitaine dans laquelle la déesse Nout,
le ciel, a le corps arqué au-dessus de la terre. Pendant
la journée, le soleil évolue sous son ventre pour
arriver au niveau de sa bouche lorsque le soir arrive. Elle l'engloutit
alors pour le remettre au monde le lendemain matin.
Au Nouvel Empire, on voit apparaître, dans les tombes de
la Vallée des Rois, des images doubles de la déesse.
Elles représentent le ciel diurne et le ciel nocturne.
Les deux images de Nout sont adossées
et le disque solaire est représenté doublement pour
chacune: une première fois à hauteur du pubis (renaissance
matinale) et une seconde fois, à hauteur de la bouche (engloutissement
nocturne). Les corps sont ornés tantôt par des disques,
figurant les heures du jour, tantôt par des étoiles.
Représentations
du rayonnement solaire: les "filles du soleil"
si le soleil est bien une divinité masculine, son rayonnement
est personnifié par son "oeil" et par une entité
féminine, sa "fille".
Elle incarne non seulement ce rayonnement mais aussi le principe
qui a conduit le démiurge à apparaître et
à créer le monde.
Elle lui est ensuite nécessaire pour maintenir l'existence
de l'univers qu'il a engendré.
Enfin, elle lui permet de se renouveler. Chaque jour, en s'unissant
à sa fille, le dieu peut renaître sous une forme
rajeunie.
Ainsi cette divinité féminine
apparaît successivement comme la fille, l'épouse
et la mère du dieu solaire.
Selon le mythe, elle apparaît sous différents noms
et toutes ces divinités sont considérées
comme "les filles du soleil" puisqu'elles émanent
de lui. Leurs fonctions sont interchangeables et expriment diverses
qualités de l'astre:
Tefnout
principe de chaleur qui jaillit au moment de la création
Maât
équilibre divin diffusant la présence rayonnante
du soleil
Sekhmet
puissance des rayons solaires qui détruit les ennemis
de l'Egypte
Hathor
énergie lumineuse de la vie perpétuellement
renouvelée
Les "filles" du dieu soleil sont tantôt une arme
redoutable contre les ennemis de l'ordre divin (qui veulent rétablir
le chaos) tantôt la contrepartie féminine du dieu.
Elles ont, chacune, un côté bénéfique
et un autre, agressif.
Une autre de leurs caractéristiques est leur obligation
apparemment contradictoire de s'éloigner du père
afin de répandre son oeuvre et de rester auprès
de lui afin d'entretenir le moteur de la création. Ce conflit
entre les deux missions est résolu par le mythe et les
rites humains: par exemple, les gestes d'offrande dans les temples,
restituent la Maât (nourriture et équilibre cosmique)
à celui qui l'a accordée au monde.
Représentations
de la lune
La lune considérée comme la soeur du soleil et
la fille de Nout, est personnifiée
par une divinité masculine, Iâh.
D'autres divinités y sont associées et parmi elles,
ls "filles du soleil" et plus particulièrement
Hathor, dame des minéraux.
Représentations
de la terre
La représentation la plus connue de la terre est masculine,
Geb, qui incarne plutôt le potentiel
offert par le sol.
Par contre, Hathor règne sur
les grottes, cavernes et tombeaux qui constituent une sorte de
matrice. Il n'y aucune opposition entre les rôles céleste
et chtonien de la déesse car un point commun les réunit:
la fonction génitrice.
Représentations
des étoiles
On considérait que la déesse du ciel donnait naissance
aux étoiles chaque matin, et qu'elle les avalait le soir.
Tantôt elles incarnaient les âmes des défunts,
tantôt elles jouaient le rôle de courtisanes de Rê.
En particulier, l'étoile du matin s'occupait de lui au
lever, lui apportait son repas et procédait à sa
toilette.
Quelques étoiles sont représentées par des
divinités. La plus connue est Sépédet
(en grec, Sothis) qui est la
personnification de l'étoile Sirius. Son apparition en
juillet, annonce la crue du Nil. Elle fut adorée sous la
forme d'une vache car on l'associait à la fertilité
et à la prospérité apportées par l'inondation.
Elle est souvent considérée comme l'une des manifestations
d'Isis.
Les mythes de la création du monde
Toutes les cosmogonies égyptiennes reposent sur
ces divinités de la nature qui s'intégrèrent à
des cultes locaux. Chaque grande cité en possède une dont
le dieu local est le démiurge.
On trouve des éléments communs à
toutes ces doctrines expliquant les origines du monde:
- avant la création: il existe un immense chaos
liquide, le Noun.
Totalement indifférencié, il contient pourtant les germes
du monde
- il y flotte l'esprit du démiurge qui naît à l'existence
quand il prend conscience de lui-même et se distingue du Noun.
De lui, naît le désir de créer le monde sensible.
En général, les démiurges sont des divinités
masculines et solitaires mais on leur accorde parfois une bissexualité
en les qualifiant de "père et mère". De même,
la déesse Neith, originaire de Saïs,
assume les fonctions de démiurge et l'on dit d'elle qu'elle est
"un homme agissant comme une femme, une femme agissant comme un
homme". Pourtant, ses représentations sont féminines.
Sa bisexualité concerne la fonction.
- un monticule de terre surgit de l'immensité aqueuse, afin que
le dieu créateur puisse y prendre pied et créer le monde:
c'est la "Butte primordiale"
- les procédés utilisés ensuite pour créer
le monde sont diversifiés selon le lieu. Le démiurge peut
déléguer ses pouvoirs à une divinité qu'il
tire de son être (Atoum à
Héliopolis), ou bien il peut concevoir le monde par un acte intellectuel
matérialisé par le verbe (Ptah
et Thot à Memphis) ou encore en utilisant
la parole (c'est plutôt le cas des déesses (Nekhbet,
Neith,Methyer)
Malgré ces points communs, on ne peut pas parler
d'une seule conception cosmogonique en Egypte ancienne. On distingue quatre
cosmogonies principales, doctrines élaborées par les clergés
de: Héliopolis, Hermopolis, Memphis et Thèbes
LA
COSMOGONIE D'HELIOPOLIS
Héliopolis (Iounou)
est le plus ancien centre du culte solaire. L'histoire de la création
du monde élaborée par les prêtres héliopolitains
comprend un ensemble de huit dieux entourant le démiurge,
l'Ennéade (schema, ici). Atoum (associé à Rê,
le soleil, créateur d'Héliopolis) se crée lui-même,
par la seule volonté de se différencier des eaux chaotiques
du Noun (ou Nouou).
A la place où il apparaît pour la première fois,
il fait émerger une colline, le benben,
sur laquelle il va créer le monde. En fait, on parle d'Atoum
quand le créateur du monde est encore sous sa forme indifférenciée
mais il prend le nom de Rê quand il devient le soleil qui
va régner sur la terre. On l'appelle souvent Atoum-Rê.
Immédiatement, il tire de lui un premier couple (soit par
masturbation, soit par expectoration): son fils Chou
et sa fille Tefnou (dans cet acte primordial,
le démiurge est souvent associé à Rê).
Ils sont donc ses premières émanations et si Chou
symbolise la lumière ainsi que le souffle vital, Tefnou représente
la chaleur et l'ordre cosmique. Ils sont l'expression du rayonnement
solaire qui véhicule ces éléments indispensables
à la vie.
Ce premier couple de la création va engendrer, par procréation
naturelle, deux enfants: Geb, la terre
(divinité masculine) et Nout, le
ciel (divinité féminine) qui naissent étroitement
enlacés.
Rê envoie Chou pour se glisser entre eux et créer ainsi
un espace pour que la vie terrestre puisse se développer.
Ce deuxième couple va donner naissance à quatre enfants:
le dieu Osiris, la déesse Isis,
le dieu Seth et la déesse Nephtys.
Enfin, l'union d'Osiris et de sa soeur Isis amènera la naissance
d'Horus.
La naissance d'Horus constitue le lien entre le règne des
dieux ("Age d'Or") et celui des pharaons. Le roi est "fils
de Rê" et ses paroles sont assimilées à
celles du démiurge: il joue, sur terre, le même rôle
qu'Atoum, dans le cosmos.
La théologie élaborée à Héliopolis
faisait donc descendre du soleil, toutes les divinités
et le pouvoir monarchique.
Dans la cosmogonie d'Héliopolis, les déesses
jouent un rôle important dès la création du
premier couple de divinités. Nous retrouverons chacune d'entre
elles, plus en détail, dans la liste alphabétique
qui leur est consacrée.
La doctrine héliopolitaine est bien présente
dès l'Ancien Empire et dès la Ve dynastie, le culte
solaire est le culte d'état.
LA COSMOGONIE D'HERMOPOLIS
Le
clergé d'Hermopolis, ville de Moyenne Egypte, élabore
une autre version de la création du monde. Elle aurait une
origine prédynastique.
Le nom antique de la ville est Khemenou,
autrement dit "la Ville des Huit", faisant allusion aux
huit divinités qui patronnaient la cité. Celles-ci,
sous la forme de quatre grenouilles mâles et quatre serpents
femelles, se trouvaient dans les eaux du Noun: elles constituent
l'ogdoade
(cliquez pour voir le schema).
Chaque paire (constituée d'un élément masculin
et d'un élément féminin) exprime deux aspects
d'un élément unique et symbolise le "pré-état"
du monde, antérieur à la "Première Fois".
Ce sont les potentialités du monde présentes, à
l'état latent, dans l'océan primordial et représentant
une sorte d'image, en négatif, du monde qui sera créé:
Noun et Nounet:
incarnent l'humide ou l'inerte.
Hehou et Hehet:
ils représentent le concept d'infini, ou plutôt
de "non-fini", tant dans l'espace que dans le temps.
Kekou et Keket:
ils sont liés à la notion de ténèbres.
Kekou évoque l'absence de lumière qui dans le
monde sensible, se révèle par l'ombre.
Tenemou et Tenemout:
représentent ce qui est mouvant et vague. Dans le monde
sensible, ce concept fait allusion au mouvement sans but,
l'errance.
Plus tardivement, ce couple sera remplacé par Niaou
et Niaout qui font allusion au vide
(par opposition à la matière).
A ce dernier couple, se substitueront parfois Amon
et Amonet, personnifiant le caché.
Ces "huit" ne forment pas vraiment l'entité
démiurge mais servent de catalyseur à la création
du monde. Ils sont considérés comme les "pères
et mères" qui donneront naissance au soleil et créeront
Atoum. Il existe, à Hermopolis, deux versions différentes
de cette création: la vie jaillit soit d'un oeuf soit d'un
lotus.
L'oeuf cosmique: déposé par un oiseau mythique, "le
grand Jargonneur" , sur une butte jaillie du Noun. L'ogdoade
va le couver et de lui, jaillit le principe organisateur du
monde, le vecteur de lumière. Ultérieurement,
on dira que Rê lui-même a surgi de l'oeuf.
Le fait que l'oiseau mythique soit du sexe masculin ne gêne
pas car souvent les démiurges sont des entités
célibataires qui jouent à la fois le rôle
de père et de mère.
Dans une version très proche, l'oeuf était
pondu par un ibis, l'oiseau de Thot dont le culte s'implanta
à Hermopolis, après celui de l'Ogdoade. Thot
devenait ainsi le dieu qui s'était créé
lui-même et le père des Huit.
Le lotus primordial: Une autre tradition née à Hermopolis, veut
qu'un lotus soit apparu sur les flots du Noun et que sa fleur
ait donné naissance à l'enfant Rê.
Une variante de cette version, faisait naître, dans
le lotus, un scarabée qui se transformait ensuite en
un enfant dont les larmes créaient l'humanité.
Il faut noter que les
quatre concepts incarnés par l'ogdoade apparaissent dans
les Textes des Sarcophages mais sans leurs doublets féminins.
Par contre, les "Huit" sont mentionnés dans une
inscription du Speos Artemidos, sous Hatshepsout. Le nom
de chaque déesse n'est qu'une forme féminisée
du nom de son époux.
LA COSMOGONIE DE MEMPHIS
Le dieu tutélaire de la ville de Memphis
était Ptah, patron des artisans.
Le clergé local en fit, progressivement, le démiurge.
Cette cosmogonie trouve ses racines pendant l'Ancien Empire mais
nous devons sa compréhension au roi Shabaka (XXVe dynastie).
En effet, celui-ci découvrit, dans les archives du temple
de Memphis, un vieux papyrus endommagé expliquant la façon
dont Ptah créa le monde. Il fit graver ce récit sur
une stèle, connue sous le nom de "pierre
de Shabaka" (qui elle-même servit de meule à
l'époque postpharaonique !!!).
La théologie memphite offre la version
la plus intellectuelle de la création:
Le Noun sentit vibrer en lui une vie qui émergea sous la
forme d'une butte où allait s'installer le monde. Cette force
de vie est le dieu Tatenen ("Terre
qui se soulève" ) qui était initialement le démiurge
de Memphis. Progressivement, Ptah va absorber les fonctions de Tatenen
et devenir lui-même le dieu créateur.
Ptah conçut les dieux
et les hommes par la pensée (dont le siège
était le coeur , pour les Egyptiens) et les créa,
ensuite, par la parole.
Il donne la vie à tous les dieux, y compris
Atoum d'Heliopolis. Il est supérieur à ce dernier
qui créa l'Ennéade par son sperme et sa main. L'Ennéade
de Ptah constitue les dents et les lèvres de sa bouche de
telle sorte que lorsqu'il prononce leur identité, ses paroles
les créent. Aoinsi, sans rejeter la cosmogonie héliopolitaine,
le clergé memphite annexe l'Ennéade en en faisant
des manifestations du dieu Ptah.
Ensuite, il créa les les villes, les nomes,
les arbres, les animaux....
"Et toute parole du dieu s'est manifestée selon
ce que le coeur concevait et ce que la langue ordonnait...Ainsi
ont été créés tous travaux et
tout art, l'activité des mains, la marche des jambes,
le fonctionnement de tout membre, selon l'ordre qu'a conçu
le coeur et qui s'est exprimé par la langue, et qui
est exécuté en toute chose.
Or donc, on dénomme Ptah "l'auteur de tout,
qui a fait exister les dieux", car c'est lui la terre-qui-se-soulève,
c'est lui qui a mis les dieux au monde, dpont toute chose
est issue, norriture et aliments, offrandes divines, toute
chose bonne. Ainsi l'on reconnaît que sa puissance
est plus grande que celle des autres dieux."
La parole créant l'existence, on comprend,
dès lors, l'importance du nom donné aux êtres
et aux choses !
Le nom d'une personne
a une importance capitale tant dans la vie terrestre que
dans l'Au-delà.
Si quelqu'un n'a pas respecté la Maât, le pire
châtiment est de lui retirer son nom ou de le transformer.
Ptah, créateur de l'univers réel,
a été nanti d'une famille par le clergé de
Memphis: Sekhmet, son épouse, et
Nefertoum, leur enfant.
Sekhmet , la "puissante", fait partie
des déesses dangereuses et nous la retrouverons dans une
rubrique qui lui est consacrée.
Nefertoum incarne le bouton de nénuphar.
Il symbolise le souffle vital qui jaillit de la fleur.
LA COSMOGONIE DE THEBES
Lorsque Thèbes devient le siège
du gouvernement centralisé, pendant le Nouvel Empire, le
clergé pousse sa divinité locale, Amon,
à devenir le dieu national. A l'époque, la plupart
des grandes divinités des autres centres religieux sont populaires
et la théologie de la nouvelle capitale doit intégrer
les cosmogonies antérieures si elle veut se hisser au niveau
national.
La théologie thébaine est un bel exemple de synthèse
et va se construire à partir d'apports hermopolitains et
d'éléments originaux.
Au commencement était un serpent apparu
dans le Noun: Kematef ("celui qui
accomplit son temps") naquit à Thèbes où
émergea la butte primordiale. Ce reptile annonce la création
mais n'est pas le créateur. Il laisse la place à Irto
("celui qui a fait la terre") qu'il tire de lui-même.
Ce dernier engendre la terre et l'Ogdoade. Les "Huit"
nagent alors jusqu'à Hermopolis où ils donnent naissance
au soleil. Ensuite, ils gagnent Memphis où ils donnent le
jour à Ptah et enfin, Héliopolis où ils créent
Atoum. Ainsi, Amon subordonne tous les grands dieux. Finalement,
les "Huit", épuisés, regagnent Thèbes
où ils plongent dans un grand sommeil, rejoignant Kématef
et Irto sous la butte de Djamê (Médinet Habou), nécropole
des dieux. En ce lieu fut instauré le culte des formes premières
d'Amon qui leur rendait visite tous les 10 jours, après avoir
traversé le Nil, afin d'entretenir leur vie "latente".
L'Ogdoade fut la première manifestation d'Amon mais ensuite,
il quitta la terre pour le ciel et s'identifier à Rê,
la divinité hermopolitaine. Il va aussi personnifier la lune,
comme Thot.
Comment pouvons-nous interpréter
la place de la femme dans ces croyances religieuses ?
Nous avons vu que la croyance en une "déesse-mère"
n'est pas prouvée dans l'Egypte préhistorique.
Par contre, les travaux archéologiques,
conduits au Proche-Orient et en Afrique, ont révélé
que lorsqu'un élément féminin était
vénéré, pendant les époques très
anciennes, il était souvent représenté sous
la forme d'une vache. Cet animal suggère certainement la
"maternité nourricière".
En Egypte, la première représentation d'une divinité
sous forme d'une vache, a été découverte
sur une palette à fards en ardoise, datant de l'époque
gerzéenne (Nagada II, 4e millénaire av.JC). Pour
les uns, il s'agit d'une représentation de la déesse
Bat (divinité de Haute Egypte)
et pour d'autres, de Mehet-Weret (précurseur
de la déesse du ciel, Nout).
Aux environs de 3100 av.JC, après
la victoire de la Haute-Egypte sur le Delta et l'unification des
Deux-Terres, on retrouve la déesse bat
sur les deux faces de la palette commémorative du roi Narmer
(voir ici).
La déesse préside à la naissance de la nation.
A la période historique, la déesse
du ciel prend un aspect humain: Nout
apparaît dans les textes de Pyramides parée d'épithètes
tels que "Grand Protecteur", "Grand Horizon",
"Mère des Dieux"... elle reçoit le défunt,
le fait revivre et le protège. Son rôle est essentiel.
Par la suite, si on étudie les cosmogonies,
le démiurge est masculin.
A Héliopolis, Atoum se crée
lui-même. Il n'a aucun besoin d'une partenaire féminine
et Nout, la mère des Dieux, est devenue sa petite-fille.
A Memphis, le dieu Ptah crée
le monde par la pensée et la parole. L'élément
féminin créatif est éliminé.
Cette chute du "pouvoir" féminin
dans la création du monde pourrait être justifiée,
selon Barbara S. Lesko, par des
motivations politiques. Pour valider l'origine divine de la royauté,
le "seigneur des Deux-terres" est assimilé à
Horus et devient le fils de Rê. Bien que le rôle des
deux sexes dans la procréation soit connu à l'époque,
l'évolution vers la promotion des divinités masculines
dans la création du monde était une volonté
délibérée de la part des clergés.
Il existe de nombreuses autres cosmogonies puisque chaque ville importante
possédait la sienne.
Dans la théologie d'Esna (ville du Delta):
la déesse neith est associée
au dieu Khnoum.
Originaire de Saïs, Neith est considérée comme
la mère primordiale qui engencra le soleil et l'univers.
Elle apparaît "la Première Fois", sous
la forme d'une vache, appelée Ihet,
qui flotte sur les eaux du Noun. Divinité androgyne, elle
met au monde le soleil qu'elle place entre ses cornes afin de
le protéger Elle prononce ensuite sept paroles créatrices
qui font apparaître des entités divines qui vont
retourner dans un sommeil léthargique quand leur tâche
sera terminée.
Sous son aspect animal, on la rapproche de la vache Mehytouret,
autre entité créatrice.