age adulte : mariage

 

 

Le mariage est une étape primordiale dans la vie de la femme (comme de l'homme d'ailleurs). Il marque le passage à la vie adulte.
Nous disposons de peu de textes et de documents relatifs à cet événement dans l'Egypte ancienne.

Les textes de sagesse ( Ptahotep, Ani) apportent quelques éclaircissements comme nous l'avons vu à la page consacrée à l'adolescence. L'une des motivations essentielles (sinon la principale) d'un mariage précoce était la procréation rapide d'un héritier mâle, capable d'assurer les rites funéraires, le moment venu. La durée de vie n'était pas très longue à l'époque : la vieillesse se situait à la quarantaine et parfois même à la trentaine pour certains travailleurs de force. Le fils aîné devait donc, à ce moment, être en âge d'assumer cette responsabilité qui ne pouvait pas incomber à une fille.
Dans certaines familles, on favorisait les mariages entre oncle et nièce ou entre cousins afin d'empêcher la division des biens, des domaines, de la terre à cultiver. Dans ces cas, on pouvait observer des différences d'âge  importantes entre les époux et des jeunes filles impubères pouvaient être mariées. M. Della Monica conclut que l'âge du mariage, pour les filles, pouvait aller de six à seize ans mais qu'il est probable que la consommation ne se faisait pas avant la puberté de la jeune épousée.

Il ne faudrait pourtant pas croire que les mariages se concluaient sans amour ! Les textes poétiques le prouvent à suffisance !


"Ô toi le plus beau des hommes !
Mon désir est de [veiller sur] tes biens
En maîtresse de maison,
C'est que ton bras repose sur mon bras
Et que mon amour te comble.
Je confie à mon coeur
Avec un désir d'amante:
Puissé-je donc l'avoir cette nuit pour époux !

"Mon bien-aimé de sa voix a troublé mon coeur.
Il m'a laissée en proie à mon anxiété.
Il habite tout près de la maison de ma mère, Mais pourtant je ne sais comment aller vers lui ! ...

Mon coeur bat plus vite,
Lorsque je pense à mon amour,
Il ne me laisse pas agir "comme il faut"
Il tressaute à la place où il se trouve. ...

J'en arrive à ne plus m'habiller
Je néglige mes éventails
Je ne mets plus de fard sur mes yeux
Je ne me parfume plus de suaves odeurs.

(C. Desroches Noblecourt. "La Femme au temps des Pharaons" p196-197)

La noce.
On ne trouve aucune dénomination particulière pour qualifier cet événement, ni de documentation quant au déroulement de la fête...si fête il y avait. Les égyptologues pensent qu'une population tellement festive ne pouvait laisser passer l'occasion sans préparer une joyeuse cérémonie. On imagine donc que la "fiancée" quittait le domicile paternel, accompagnée d'un cortège animé de parents et d'amis, au son de la musique, des chants et des danses. Le "fiancé" venait peut-être à la rencontre de sa promise. En partant de la maison familiale, la jeune fille emportait tout ce qu'elle possédait : un lit, des vêtements, des bijoux, des miroirs, un instrument de musique, un châle (équivalent de notre voile de mariée?). Un banquet réunissait probablement tout le monde et clôturait les festivités.
L'union maritale était essentiellement une affaire privée entre deux personnes et leur famille, ne nécessitant pas d'intervention civile ni religieuse. La simple cohabitation définissait le statut d'époux.
Cependant, on pense que le couple se présentait devant un fonctionnaire, probablement à la Maison de Vie, afin d'être inscrit dans le régistre des mariages, naissances et décès. La femme continuait à porter son nom, suivi de celui de son mari : donc, "Titaou, épouse d'Ahmosé".
On a dit également que le cortège faisait une incursion au temple local afin d'y déposer des offrandes. Mais ce n'est que supposition avancée par P. Montet  et qui ne fait pas l'unanimité ! De son côté, Zahi Hawass (ainsi que d'autres égyptologues) pense qu'étant donné la nature très religieuse de la population, il est probable que la protection des divinités locales, particulièrement hathor, était invoquée pour assurer un avenir heureux au couple.

Une remarque intéressante de Christiane Desroches Noblecourt  se rapportant au terme égyptien qui évoque le mariage:


"hemes ou hemesy ou encore hemesy-irem, littéralement "s'asseoir", "s'asseoir avec", d'où l'extension du terme, cohabiter, vivre ensemble. "

Elle ne peut s'empêcher de penser aux cérémonies de mariage égyptiennes actuelles où le couple est comme exposé sur une estrade, assis côte à côte dans des fauteuils. Autour d'eux, la foule des invités festoie tandis que les époux sont exposés, statiques, comme sujets essentiels d'une présentation hors du temps.

Cadeaux, dot...
Le futur époux n'avait aucune obligation d'offrir un cadeau de dédommagement au père de sa promise. Par contre, au Nouvel Empire, apparut la tradition d'offrir un présent à la fiancée (argent, blé...) comme témoin d'engagement.
Le père de la mariée, quant à lui, offrait au couple, des biens domestiques, des provisions...et ce, parfois pendant longtemps (jusqu'à sept ans !), jusqu'à ce que l'union soit considérée comme solide.

Il est certain qu'un "contrat" de mariage existait. On en trouve des traces dès le Nouvel Empire mais il est vraisemblable que la coutume était présente déjà auparavant. Cette convention protégeait la femme en cas de divorce et réglait l'héritage pour les enfants en cas de séparation ou de mort du conjoint. L'arrangement pouvait se faire juste avant l'union mais souvent après plusieurs années. On y notait scrupuleusement ce que la femme avait apporté lors de la mise en ménage (chaque objet étant accompagné de la mention de sa valeur) et ce qu'elle était en droit de recevoir. Quant aux biens acquis en commun, un tiers revenait à la femme et deux tiers au mari. Ce "contrat" établissait donc les droits économiques de chaque partenaire.


Convention se rapportant au "cadeau-pour-la-femme et ses biens personnels":

Je t'ai prise pour femme, je t'ai donné....[liste de ses apports]
Si je te répudie en tant que femme, soit que je te haïsse, soit que je veuille une autre femme que toi, je te donnerai ...[liste des dons], et je te donnerai aussi un tiers de ce qui aura été acquis entre nous, à partir d'aujourd'hui.
Les enfants que tu m'as donnés et que tu me donneras sont les héritiers de tout ce que je possède ou pourrai acquérir. Ton fils aîné est mon fils aîné.
[le texte se termine par la liste des meubles et objets apportés par la femme lors de la mise en ménage]

(d'après C. Desroches Noblecourt. La femme au temps des Pharaons. p206)

Le régime matrimonial était très souple. Il n'y avait aucune restriction au mariage avec des étrangers, à la différence de nombreux autres peuples antiques.  Cette liberté s'étendait aux esclaves et le mariage entre un esclave et une personne libre était autorisé.

La vie de couple ...
Il est très difficile de comprendre vraiment les droits et devoirs quotidiens des conjoints car nous manquons de documents et de plus, nous raisonnons avec notre mentalité actuelle !
Il est vraisemblable que le mari subvenait aux besoins de la famille, en travaillant au-dehors, tandis que la femme s'occupait de la maison. On ignore comment chacun considérait la fonction de l'autre et s'ils se plaçaient sur un plan d'égalité.
Existait-il des violences conjugales? Les instructions censées servir de règles de conduite stipulaient que, idéalement, le mari devait respecter sa femme tout en gardant l'autorité. On peut se faire une idée du code moral d'un homme vis-à-vis de son épouse, d'après une lettre écrite par un veuf "hanté" par le fantôme de sa femme décédée (XIXe dynastie):


Je  t'ai prise pour épouse lorsque j'étais jeune , et j'ai rempli diverses fonctions en demeurant à tes côtés. Je n'ai pas divorcé ni blessé ton coeur...Tous les biens que j'ai acquis se trouvaient à tes pieds; ne les ai-je pas reçus dans ton intérêt ? Je ne t'ai rien caché, ta vie durant. Je ne t'ai fait souffir en aucune façon dans mon comportement de mari. Tu ne peux m'accuser d'avoir eu le comportement d'un rustre indélicat, ni d'avoir fait l'amour avec une autre femme. Je t'ai donné des robes, des vêtements, et j'ai fait faire de nombreuses toilettes pour toi.

(J. Tyldesley. "Les Femmes dans l'ancienne Egypte. Les filles d'Isis." p61)

Les sages Ptahotep et Ani ne manquent pas de conseils vis-à-vis du jeune mari:


"N'épie pas ta femme dans sa maison si tu sais qu'elle est vertueuse. Ne lui dis pas: "telle chose , où est-elle? Apporte-la nous !" lorsqu'elle est mise à la bonne place. Que ton oeil observe tandis que tu gardes le silence. Apprécie sa valeur. C'est la joie quand ta main est unie à la sienne."

"Si tu es sage, garde ta maison, aime ta femme sans mélange, nourris-la convenablement, habille-la bien. Caresse-la et remplis ses désirs. Ne sois pas brutal, tu obtiendras bien plus d'elle par les égards que par la violence. Si tu la repousses, ton ménage va à vau-l'eau. Ouvre-lui tes bras, appelle-la; témoigne-lui ton amour"

(C. Desroches Noblecourt. "La femme au temps des Pharaons" p213-214)


Il est à remarquer que tous ces textes d'adressent aux hommes et que nous ne connaissons pas d' équivalent destiné aux femmes.

 

(à suivre)