La déesse Hathor au fil des époques:
A l 'origine: la puissance divine féminine
est personnifiée par la déesse Bat,
telle qu'on peut la voir sur la palette de Narmer (ici).
|
Elle est représentée sous la forme d'un visage,
de face, portant des oreilles de vache ainsi que des cornes
de bovidé.
Mais certains pensent qu'il s'agit d'Hathor, la plus connue
des "déesses-vaches"
|
En réalité, Hathor possédait déjà
un temple à Gebelein (site de Naga el-Gherira, à 29 Kms
au sud de Thèbes), dès la IIIe Dynastie mais elle
n'apparaîtra dans les textes que sous la IVe Dynastie.
Dans les Textes des Pyramides, elle est décrite comme l'Oeil
de Rê, autrement dit sa chaleur et sa lumière rayonnantes.
Dès ce moment, elle est dépeinte avec des caractéristiques
bovines. Il est possible qu'elle ait "absorbé" la déesse
Bat.
B.S. Lesko émet l'hypothèse qu'elle aurait été
créée par le clergé pour soutenir le mythe de l'origine
divine de la royauté. Dès la IVe dynastie, en effet, le
roi est considéré comme le fils de Rê. On aurait
imaginé une contrepartie féminine au dieu créateur,
épouse chargée de nourrir l'enfant royal, incarnation
terrestre d'Horus. Elle devient non seulement une divinité majeure,
maîtresse de toutes les déesses et mère divine du
roi d'Egypte, mais aussi déesse très populaire, incarnant
la feminité.
Sous la Ve dynastie, Hathor est étroitement associée
à Rê dans les temples solaires construits près des
monuments funéraires royaux.
Par la suite, les pyramides royales deviennent plus modestes, peut-être
parce que le pouvoir royal s'affaiblit, et l'on voit de nombreuses tombes
privées et une statuaire non royale se développer. Dès
lors, le rôle d'Hathor n'est plus confiné à la famille
royale et la déesse devient de plus en plus populaire. Elle est
identifiée à l'amour, la vie sexuelle, la musique, le
bonheur en général.
Au Moyen Empire, on trouve de nombreuses références
à son propos dans les Textes des Sarcophages: elle y est qualifiée
de "La Grande Déesse", quasi sur un pied d'égalité
avec Rê et comme lui, voyage dans sa propre barque céleste.
 |
Dans le "Conte de Sinhoué", datant du début
de la XIIe dynastie, Rê, Hathor et Horus sont encore les trois
divinités les plus importantes du Panthéon.
Au Nouvel Empire, Hathor est toujours une déesse majeure.
Les femmes de la famille qui introduit cette période, à
l'issue de ce qu'on appelle "la Deuxième Période
Intermédiaire" ont de fortes personnalités...souvenons-nous
de Tetisheri, Ahhotep I, Ahmès-Nefertari...elles jouèrent
un rôle dans la victoire du Sud sur le Nord et dans la fondation
de la dynastie qui créa un vaste empire. Elles étaient
proches de la déesse Hathor mais la plus illustre d'entre elles,
qui accorda une attention toute particulière à la divinité,
fut Hatshepsout. Elle lui consacra plusieurs sanctuaires et la rendit
omniprésente dans son temple de Deir el-Bahari (voir ci-dessous).
Le culte d'Hathor reste très vivace pendant la XIXe dynastie
et on la trouve sur les murs de nombreuses tombes royales. A cette époque,
la trinité divine funéraire est constituée par
Hathor, Anubis et Osiris. Le culte d'Hathor n'est cependant pas réservé
à la famille royale et pendant la période ramesside ainsi
que la "Troisième Période Intermédiaire",
on la trouve dans des monuments privés. On croyait qu'elle pouvait
apporter son aide dans la vie quotidienne et dans le passage de la vie
à l'au-delà.
Pendant les périodes postérieures: la popularité
d'Hathor persiste pendant des siècles, au sein de la classe dirigeante
et, aux périodes tardives, on voit des fonctionnaires se faire
représenter avec des attributs hathoriques attestant de leur
foi. Sous les Ptolémées, le culte de la déesse
est toujours vivace et on lui consacre des temples. Cependant, elle
va peu à peu se confondre avec la déesse Isis en laquelle
on va retrouver ses attributs.
Les attributions d'Hathor:
Au départ, Hathor est une divinité
céleste qui permet au soleil de revivre chaque
matin. Elle symbolise le ciel nocturne qui sert de réceptacle
à l'astre, l'abrite des forces obscures et, le matin, enfante
le soleil levant. Pour cette raison, on la représente souvent
sous la forme d'une vache céleste, aux flancs étoilés,
soulevant le soleil entre ses cornes (symboles de l'aube). Elle est
donc considérée comme la mère
du soleil, rôle qui reviendra ensuite
à Isis, dans le mythe
osirien. Pour cette raison, son nom signifie "maison d'Horus"
ainsi qu'on peut le traduire à partir de son hiéroglyphe
(un faucon dans une enceinte d'édifice).
Etant la mère d'Horus le Jeune, elle est
aussi proche de la famille royale et si Horus est associé au
roi, "Horus vivant", elle est associée
à la reine.
On la dit aussi "mère du pharaon"
et on la représente souvent, dans un rôle de nourrice,
allaitant le roi-enfant.
Mais la "maison d'Horus" n'est-elle
pas le monde entier? Ainsi, rapidement, on a considéré
Hathor comme la déesse-mère
universelle et même, on la considéra parfois
comme une divinité créatrice de l'univers. Elle passait
pour être la fille de Nout et de Rê. Parfois, aussi, on
la confondait avec sa mère et on la considérait comme
l'épouse de Rê et la mère d'Horus l'Ancien. Pourtant,
le plus souvent, elle était reconnue comme la femme de l'Horus
Béhédéty d'Edfou (l'une
des formes d'Horus l'Ancien) et chaque année on célébrait
leur mariage sacré lors de la fête de la "Belle
Rencontre". De leur union naquit un fils, Ihy,
dieu-enfant de la musique et de la danse.
Au fil des siècles, les fonctions cosmiques d'Hathor s'enrichissent
et elle partage son rôle de déesse universelle avec
Isis. Au Nouvel Empire, les deux déesses se confondent,
ont les mêmes iconographies et il est parfois difficile de les
distinguer sur les parois des tombes ou des temples. Leur nom est généralement
écrit au-dessus de la tête mais parfois, seul le contexte
permet de les distinguer. Représentée par une femme portant
deux cornes stylisées en forme de lyre enserrant le disque solaire,
s'agit-il d'Hathor ou d'Isis? Si elle est accompagnée d'Osiris
et d'Horus, il s'agit vraisemblablement d'Isis tandis que si la scène
montre l'allaitement royal, la représentation est plutôt
celle d'Hathor.
Son pouvoir à faire renaître le
soleil, a fait d'elle la déesse
des morts auxquels elle pouvait promettre la renaissance
dans l'au-delà. Déesse de l'Occident, Imentèt
est une forme d'Hathor. On retrouve souvent son image dans les tombes
ou dans le Livre des Morts.
|
Elément d'un
lit funéraire de Toutankhamon (en forme de vache sacrée).
|
(Tombeau d'Irinefer,
Thèbes, période ramesside)
(zoom)
|
|
|
Dans le papyrus
d'Ani, Hathor apparaît sous la forme de Methyer,
une autre incarnation. Elle porte ses attributs: la couronne
"hathorique" et le collier menat. Elle émerge
d'un buisson de papyrus , symbole du lieu mythique que doit
traverser le défunt avant la renaissance.
|
Son rôle bienfaisant auprès des défunts l'a désignée
comme divinité protectrice de la
nécropole de Thèbes où
elle accueille les morts et veille sur les tombes. Elle y est
souvent représentée, sous la forme d'une vache, surgissant
de la montagne thébaine (donc, des entrailles de la terre), ou
émergeant d'un buisson de papyrus, emblème des lieux mythiques
que doit traverser le défunt pour renaître. Ce buisson
représente alors le sein de la déesse Hathor qui va protéger
le trépassé et l'engendrer dans le monde de l'au-delà.
Ici, sur la stèle
de Khabekhenet. Deir el-Medineh.
British Museum.
|
|
Il existe au fond de la Vallée des Reines, une immense grotte,
la "Grotte sacrée", qui était
connue pour être la demeure de la déesse. Cet endroit,
haut de 25 mètres, contenait des graffiti préhistoriques
de vache et symbolisait l'uterus de la vache sacrée. Quand des
orages survenaient, ce qui était plutôt rare, les eaux
d'un ouadi y dévalaient en cascade, promesse de renaissance pour
ces zones désertiques...et pour les défunts dont la grotte
surmontait les sépultures. L'entrée de cette grotte est
encadrée par des massifs rocheux, reliefs naturels, qui suggèrent
d'un côté, la tête de la vache divine et de l'autre,
l'hippopotame Taourèt qui préside
aux naissances.
1 = entrée
de la grotte sacrée
2 = "tête de vache"
3 = hippopotame
( d'après un croquis de J.CL. Golvin, repris par C. Desroches
Noblecourt )
|
La protection exercée par Hathor sur les milieux chtoniens est
peut-être à l'origine de celle qu'on lui attribuait via-à-vis
des carriers: en effet, on l'appelait aussi Dame
de la Turquoise, Dame
de la Malachite, Dame
de l'Emeraude.
'Elle est également associées aux
métaux comme l'or
et le cuivre.
Hathor, fille de Rê,
était également l'Oeil de
Rê, envoyé sur terre pour mater la
révolte des hommes. A ce titre, elle fait partie des "Déesses
Dangereuses" et sous la forme de la redoutable déesse-lionne
Sekhmet, elle devint tellement sanguinaire
que Rê dut l'ennivrer, grâce à un habile stratagème,
afin d'arrêter le massacre. Ce conte mythologique est relaté
dans le Livre de la Vache
du Ciel et dans le Mythe
de la Déesse Lointaine.
Mais la déesse est plus souvent connue
pour ses aspects bienveillants. Etant la première divinité
féminine, on aurait pu s'attendre à ce qu'elle soit considére
uniquement comme une déesse des femmes mais il n'en est rien:
elle est aussi grandement vénérée par les hommes.
Elle est la patronne et l'incarnation de tout ce qui était considéré
comme les plaisirs de la vie à cette époque: amour,
beauté, plaisir,
gaieté, danse,
musique, ivresse...
Au titre de déesse de l'amour et de la beauté, on ne s'étonne
point de la voir présider à la toilette de toutes les
femmes, et à ce qui entoure ce "cérémonial",
les cosmétiques,
les parfums
(particulièrement la myrrhe qui symbolisait le raffinement féminin).
On trouve de nombreux miroirs ornés de l'image d'Hathor comme
celui-ci:
|
Manche en obsidienne, rehaussé d'or
et de pierres semi-précieuses, représentant un
papyrus ouvert et le visage d'Hathor.
Tombe de Sar-Hathor-Iounet à Kahoun (XIIe dynastie)
|
Hathor n'était pas simplement un concept religieux abstrait mais
elle était mêlée de près à la vie
quotidienne.
Incarnant le renouvellement de toutes les formes de vie (végétale,
animale, humaine et divine), la déesse préside à
la fécondité,
veille sur les grossesses,
les accouchements et les
enfants. Cet aspect de
la divinité devient marquant quand elle devient très populaire,
à la fin de l'Ancien Empire. Elle était vénérée
en grande partie pour le pouvoir qu'elle détenait sur la vie
sexuelle. Elle était aussi connue sous le nom de "Maîtresse
de la Vulve" et on a trouvé des phallus
en bois, offrandes votives, dans son sanctuaire de Deir el-Bahari. Elle
recevait les prières et les offrandes votives d'hommes et de
femmes cherchant un partenaire aussi bien que la puissance sexuelle
ou la fécondité.