Hathor. Tête en or.  Provenant de la tombe du grand prêtre et prince Shéshonq. XXIIe dynastie. Musée du Caire.

 

Hathor
Hwt-Hr

 


La déesse Hathor est l'une des plus importantes divinités féminines du Panthéon égyptien. Elle a assimilé de nombreuses divinités locales, par syncrétisme, et se manifeste sous différentes formes, est vénérée dans de nombreux sanctuaires et se retrouve protectrice de divers nomes.

 


On la connaît sous de nombreux noms:


Maîtresse du ciel, ...de la vie

Vache céleste, Mère des mères, Grande vache sauvage,

la Puissante, la Dorée

Déesse de l'amour ,...de la fertilité ,...de la beauté, ...de la gaieté, ...de la musique, ...de la danse ,...de l'ivresse

Dame de l'Occident, ...de l'Amentet, ...du sycomore du Sud, ...d'Iunet (Denderah), ...du Pount, ...de la Nubie,  ...du Sinaï, ...de Byblos, ...de la limite (de l'Univers), ...des pays lointains, ...de la turquoise, ...de la malachite, ...de l'émeraude, ...du lapis-lazuli...

(la liste est loin d'être exhaustive !)

 



La déesse Hathor au fil des époques:

A l 'origine: la puissance divine féminine est personnifiée par la déesse Bat, telle qu'on peut la voir sur la palette de Narmer (ici).

Elle est représentée sous la forme d'un visage, de face, portant des oreilles de vache ainsi que des cornes de bovidé.

Mais certains pensent qu'il s'agit d'Hathor, la plus connue des "déesses-vaches"


En réalité, Hathor possédait déjà un temple à Gebelein (site de Naga el-Gherira, à 29 Kms au sud de Thèbes), dès la IIIe Dynastie mais elle n'apparaîtra dans les textes que sous la IVe Dynastie. Dans les Textes des Pyramides, elle est décrite comme l'Oeil de Rê, autrement dit sa chaleur et sa lumière rayonnantes.
Dès ce moment, elle est dépeinte avec des caractéristiques bovines. Il est possible qu'elle ait "absorbé" la déesse Bat.
B.S. Lesko émet l'hypothèse qu'elle aurait été créée par le clergé pour soutenir le mythe de l'origine divine de la royauté. Dès la IVe dynastie, en effet, le roi est considéré comme le fils de Rê. On aurait imaginé une contrepartie féminine au dieu créateur, épouse chargée de nourrir l'enfant royal, incarnation terrestre d'Horus. Elle devient non seulement une divinité majeure, maîtresse de toutes les déesses et mère divine du roi d'Egypte, mais aussi déesse très populaire, incarnant la feminité.
Sous la Ve dynastie, Hathor est étroitement associée à Rê dans les temples solaires construits près des monuments funéraires royaux.
Par la suite, les pyramides royales deviennent plus modestes, peut-être parce que le pouvoir royal s'affaiblit, et l'on voit de nombreuses tombes privées et une statuaire non royale se développer. Dès lors, le rôle d'Hathor n'est plus confiné à la famille royale et la déesse devient de plus en plus populaire. Elle est identifiée à l'amour, la vie sexuelle, la musique, le bonheur en général.
Au Moyen Empire, on trouve de nombreuses références à son propos dans les Textes des Sarcophages: elle y est qualifiée de "La Grande Déesse", quasi sur un pied d'égalité avec Rê et comme lui, voyage dans sa propre barque céleste.

Dans le "Conte de Sinhoué", datant du début de la XIIe dynastie, Rê, Hathor et Horus sont encore les trois divinités les plus importantes du Panthéon.

Au Nouvel Empire, Hathor est toujours une déesse majeure. Les femmes de la famille qui introduit cette période, à l'issue de ce qu'on appelle "la Deuxième Période Intermédiaire" ont de fortes personnalités...souvenons-nous de Tetisheri, Ahhotep I, Ahmès-Nefertari...elles jouèrent un rôle dans la victoire du Sud sur le Nord et dans la fondation de la dynastie qui créa un vaste empire. Elles étaient proches de la déesse Hathor mais la plus illustre d'entre elles, qui accorda une attention toute particulière à la divinité, fut Hatshepsout. Elle lui consacra plusieurs sanctuaires et la rendit omniprésente dans son temple de Deir el-Bahari (voir ci-dessous). Le culte d'Hathor reste très vivace pendant la XIXe dynastie  et on la trouve sur les murs de nombreuses tombes royales. A cette époque, la trinité divine funéraire est constituée par Hathor, Anubis et Osiris. Le culte d'Hathor n'est cependant pas réservé à la famille royale et pendant la période ramesside ainsi que la "Troisième Période Intermédiaire", on la trouve dans des monuments privés. On croyait qu'elle pouvait apporter son aide dans la vie quotidienne et dans le passage de la vie à l'au-delà.

Pendant les périodes postérieures: la popularité d'Hathor persiste pendant des siècles, au sein de la classe dirigeante et, aux périodes tardives, on voit des fonctionnaires se faire représenter avec des attributs hathoriques attestant de leur foi. Sous les Ptolémées, le culte de la déesse est toujours vivace et on lui consacre des temples. Cependant, elle va peu à peu se confondre avec la déesse Isis en laquelle on va retrouver ses attributs.

Les attributions d'Hathor:

Au départ, Hathor est une divinité céleste qui permet au soleil de revivre chaque matin. Elle symbolise le ciel nocturne qui sert de réceptacle à l'astre, l'abrite des forces obscures et, le matin, enfante le soleil levant. Pour cette raison, on la représente souvent sous la forme d'une vache céleste, aux flancs étoilés, soulevant le soleil entre ses cornes (symboles de l'aube). Elle est donc considérée comme la mère du soleil, rôle qui reviendra ensuite à Isis, dans le mythe osirien. Pour cette raison, son nom signifie "maison d'Horus" ainsi qu'on peut le traduire à partir de son hiéroglyphe (un faucon dans une enceinte d'édifice).

Etant la mère d'Horus le Jeune, elle est aussi proche de la famille royale et si Horus est associé au roi, "Horus vivant", elle est associée à la reine.
On la dit aussi "mère du pharaon" et on la représente souvent, dans un rôle de nourrice, allaitant le roi-enfant.

Mais la "maison d'Horus" n'est-elle pas le monde entier? Ainsi, rapidement, on a considéré Hathor comme la déesse-mère universelle et même, on la considéra parfois comme une divinité créatrice de l'univers. Elle passait pour être la fille de Nout et de Rê. Parfois, aussi, on la confondait avec sa mère et on la considérait comme l'épouse de Rê et la mère d'Horus l'Ancien. Pourtant, le plus souvent, elle était reconnue comme la femme de l'Horus Béhédéty d'Edfou (l'une des formes d'Horus l'Ancien) et chaque année on célébrait leur mariage sacré lors de la fête de la "Belle Rencontre". De leur union naquit un fils, Ihy, dieu-enfant de la musique et de la danse.
Au fil des siècles, les fonctions cosmiques d'Hathor s'enrichissent et elle partage son rôle de déesse universelle avec Isis. Au Nouvel Empire, les deux déesses se confondent, ont les mêmes iconographies et il est parfois difficile de les distinguer sur les parois des tombes ou des temples. Leur nom est généralement écrit au-dessus de la tête mais parfois, seul le contexte permet de les distinguer. Représentée par une femme portant deux cornes stylisées en forme de lyre enserrant le disque solaire, s'agit-il d'Hathor ou d'Isis? Si elle est accompagnée d'Osiris et d'Horus, il s'agit vraisemblablement d'Isis tandis que si la scène montre l'allaitement royal, la représentation est plutôt celle d'Hathor.

Son pouvoir à faire renaître le soleil, a fait d'elle la déesse des morts auxquels elle pouvait promettre la renaissance dans l'au-delà. Déesse de l'Occident, Imentèt est une forme d'Hathor. On retrouve souvent son image dans les tombes ou dans le Livre des Morts.

Elément d'un lit funéraire de Toutankhamon (en forme de vache sacrée).

(Tombeau d'Irinefer, Thèbes, période ramesside)
(zoom)

Dans le papyrus d'Ani, Hathor apparaît sous la forme de Methyer, une autre incarnation. Elle porte ses attributs: la couronne "hathorique" et le collier menat. Elle émerge d'un buisson de papyrus , symbole du lieu mythique que doit traverser le défunt avant la renaissance.

Son rôle bienfaisant auprès des défunts l'a désignée comme divinité protectrice de la nécropole de Thèbes  où elle accueille  les morts et veille sur les tombes. Elle y est souvent représentée, sous la forme d'une vache, surgissant de la montagne thébaine (donc, des entrailles de la terre),  ou émergeant d'un buisson de papyrus, emblème des lieux mythiques que doit traverser le défunt pour renaître. Ce buisson représente alors le sein de la déesse Hathor qui va protéger le trépassé et l'engendrer dans le monde de l'au-delà.      

Ici, sur la stèle de Khabekhenet. Deir el-Medineh.

British Museum.


Il existe au fond de la Vallée des Reines, une immense grotte, la "Grotte sacrée", qui était connue pour être la demeure de la déesse. Cet endroit, haut de 25 mètres, contenait des graffiti préhistoriques de vache et symbolisait l'uterus de la vache sacrée. Quand des orages survenaient, ce qui était plutôt rare, les eaux d'un ouadi y dévalaient en cascade, promesse de renaissance pour ces zones désertiques...et pour les défunts dont la grotte surmontait les sépultures. L'entrée de cette grotte est encadrée par des massifs rocheux, reliefs naturels, qui suggèrent d'un côté, la tête de la vache divine et de l'autre, l'hippopotame Taourèt qui préside aux naissances.

La grotte d'Hathor au fond de la Vallée des Reines

1 = entrée de la grotte sacrée
2 = "tête de vache"
3 = hippopotame
( d'après un croquis de J.CL. Golvin, repris par C. Desroches Noblecourt )

La protection exercée par Hathor sur les milieux chtoniens est peut-être à l'origine de celle qu'on lui attribuait via-à-vis des carriers: en effet, on l'appelait aussi Dame de la Turquoise, Dame de la Malachite, Dame de l'Emeraude. 'Elle est également associées aux métaux comme l'or et le cuivre.

Hathor, fille de Rê, était également l'Oeil de Rê, envoyé sur terre pour mater la révolte des hommes. A ce titre, elle fait partie des "Déesses Dangereuses" et sous la forme de la redoutable déesse-lionne Sekhmet, elle devint tellement sanguinaire que Rê dut l'ennivrer, grâce à un habile stratagème, afin d'arrêter le massacre. Ce conte mythologique est relaté dans le Livre de la Vache du Ciel et dans le Mythe de la Déesse Lointaine.

Mais la déesse est plus souvent connue pour ses aspects bienveillants. Etant la première divinité féminine, on aurait pu s'attendre à ce qu'elle soit considére uniquement comme une déesse des femmes mais il n'en est rien: elle est aussi grandement vénérée par les hommes. Elle est la patronne et l'incarnation de tout ce qui était considéré comme les plaisirs de la vie à cette époque: amour, beauté, plaisir, gaieté, danse, musique, ivresse...
Au titre de déesse de l'amour et de la beauté, on ne s'étonne point de la voir présider à la toilette de toutes les femmes, et à ce qui entoure ce "cérémonial", les cosmétiques, les parfums (particulièrement la myrrhe qui symbolisait le raffinement féminin). On trouve de nombreux miroirs ornés de l'image d'Hathor comme celui-ci:

Manche en obsidienne, rehaussé d'or et de pierres semi-précieuses, représentant un papyrus ouvert  et le visage d'Hathor.
Tombe de Sar-Hathor-Iounet à Kahoun (XIIe dynastie)


Hathor n'était pas simplement un concept religieux abstrait mais elle était mêlée de près à la vie quotidienne.

Incarnant le renouvellement de toutes les formes de vie (végétale, animale, humaine et divine), la déesse préside à la fécondité, veille sur les grossesses, les accouchements et les enfants. Cet aspect de la divinité devient marquant quand elle devient très populaire, à la fin de l'Ancien Empire. Elle était vénérée en grande partie pour le pouvoir qu'elle détenait sur la vie sexuelle. Elle était aussi connue sous le nom de "Maîtresse de la Vulve" et on a trouvé des phallus en bois, offrandes votives, dans son sanctuaire de Deir el-Bahari. Elle recevait les prières et les offrandes votives d'hommes et de femmes cherchant un partenaire aussi bien que la puissance sexuelle ou la fécondité.

 

Hathor page 2

page précédente

"ABC des déesses"

retour à l'accueil

 

 

 

 

 

Hathor