Le 1er Thot, de l'an 20 du règne d'Amenhotep III (environ
1371 av.JC), naquit une petite fille. Elle était le premier
enfant d'un jeune couple: Haty,son père, et Piya, sa mère.
Celle-ci, sentant que la naissance était imminente, s'était
isolée afin d'accoucher dans la sérénité,
aidée par la sage-femme qu'elle avait fait appeler. Elle
s'était mise sous la protection de Khnoum et des déesses
Isis, Nephtys et Taouret. Il n'y eut pas de complications et les
sept Hathors réunies autour du berceau prédirent
une vie heureuse à la fillette.
Un nom fut donné à l'enfant par ses parents mais
nous ne le connaissons pas. Nous n'avons retenu que le petit nom
par lequel tout le monde l'appela: Titaou.
Lorsque le terme était atteint, la future mère
se retirait dans un endroit "isolé" du reste de la famille:
soit sur le toit de la maison soit dans un pavillon de naissance.
Une natte, un repose-tête, un coussin et un tabouret y étaient
généralement préparés. En fait, nous possédons
peu de représentations de ce moment essentiellement privé.
"Les ostraca peints montrent
des femmes allaitant des enfants dans un pavillon léger aux
colonnes ornées d'ancolies ou de clématites" (Lynn
Meskell, p91...d'après Pinch, 1994)
Ces bâtiments étaient peut-être construits
spécialement à cet effet, à l'extérieur des
maisons. Il n'est pas étonnant que les fouilles archéologiques
n'en aient retrouvé aucun, vu la légèreté
de la construction. D'autres égyptologues pensent qu'ils étaient
simplement dressés sur les toits des habitations ou, comme à
Deir el-Medineh, que les accouchements se déroulaient dans la première
pièce de la maison. On a, en effet, retrouvé des décorations
murales de cette pièce, consacrées à la sexualité
et à la naissance. Il en est de même dans le village d'ouvriers
d'Amarna.
L'accouchement se faisait
en présence d'une sage-femme et de servantes (les paysannes
appelaient deux femmes de la maisonnée ou des voisines). Aucun
"médecin" n'était présent. La parturiente
était nue et pouvait être soit agenouillée, soit assise
sur un siège spécial, soit accroupie sur quatre briques
rituelles (meskhenet).
(cliquez sur l'image)
La parturiente, aidée
par deux déesses (Hathor et Taouret) est accroupie sur les
briques rituelles.
Temple d'Hathor à Denderah.
[ Notons que ce même rituel d'accouchement
se retrouvait lors du cérémonial de fondation des temples:
la mise en place des briques d'angle, symboles de l'oeuvre du dieu-potier
Khnoum, symbolisait la renaissance de l'individu .]
Certaines techniques étaient
utilisées pour protéger et faciliter l'accouchement:
- placer de l'eau chaude sous le siège ou brûler de la résine
près de l'abdomen afin que les vapeurs facilitent la délivrance
- remèdes pour provoquer des contractions de l'uterus. Dans le
papyrus Ebers, on lit: mélanger de la plante kheper-wer
(inconnue actuellement), du miel, de l'eau de caroube et du lait, filtrer
et placer cette mixture dans le vagin. (On ne sait pas si cette médication
était destinée à accélérer la naissance,
à expulser le placenta ou à permettre à l'uterus
de retrouver sa taille prégestationnelle)
- masser le ventre de la future mère avec de la poudre de safran
trempée dans de la bière afin de diminuer les douleurs
- placer une amulette magique en ivoire sur le ventre de la parturiente.
La décoration de cette amulette comportait des représentations
de divinités, des serpents, des lions, des crocodiles...
(cliquez sur l'image)
Ivoire magique. XIIIe dyn. (vers 1750 av.JC).
Musée du Caire
La protection de diverses divinités
était requise pendant tout le processus de naissance.
En premier lieu, Amon était invoqué
afin qu'il consolide le coeur de la future maman et qu'il garde en vie
celui qui allait naître.
Ensuite Khnoum, le dieu-potier, était
prié d'accorder une bonne santé au nouveau-né.
Le dieu Bès et la déesse-hippopotame
Taouret devaient être présents
sous forme de statuettes afin d'éloigner les mauvaises influences
qui pouvaient rôder autour de la mère et de son bébé.
Souvent, on plaçait des amulettes magiques en ivoire, en forme
de croissants, décorées de divinités, serpents, lions
et crocodiles, sur le ventre de la femme en train d'accoucher.
Les déesses Meshkenet, Heqet,
Isis et Nephtys étaient
également présentes (papyrus Westcar).
Enfin, Thoth était souvent requis ainsi
que Hathor, gardienne du foyer.
Prédictions: Les sept
Hathors se tenaient également, invisibles, au chevet du
nouveau-né. Ces divinités révélaient de quelle
manière le nouvel être humain trouverait la mort. Cette annonce
était sans appel mais on ignorait à quel âge cela
se produirait. On ne sait pas si les divinités se déplaçaient
pour tout le monde, mais chaque père de famille était capable
d'établir un horoscope pour son enfant. Un calendrier des jours
fastes et néfastes était établi. De plus, selon le
jour et le mois de naissance, on pouvait déterminer si le nouvel
être périrait jeune ou vieux... par la fièvre, l'amour
ou l'ivresse...par le crocodile ou le serpent.D'autres signes permettaient
encore d'établir un pronostic vital à la naissance: si l'enfant
prononçait "Hii" il vivrait; par contre, "Mbi"
annonçait une mort imminente. Le fait de tourner son visage vers
le sol était également un très mauvais présage
pour le bébé.
Le placenta et le cordon ombilical
: le seul instrument utilisé par la sage-femme était un
couteau en obsidienne qui permettait de sectionner le cordon ombilical.
Il avait peut-être une signification rituelle.
Le placenta possédait un pouvoir magique vis-à-vis du devenir
de l'enfant. On l'enterrait devant la maison ou on le jetait dans le Nil
afin d'assurer la survie du bébé. Il n'est pas exclu qu'il
ait été utilisé comme reconstituant pour la mère
(étant donné sa richesse en fer et autres éléments).
Les grossesses multiples:
on en a retrouvé quelques traces mais il semble que ces naissances
n'étaient pas souhaitées...peut-être en raison des
risques accrus lors de l'accouchement. Dans le papyrus Westcar, il y est
fait allusion:
"nous lui donnerons des enfants
mâles et femelles mais la préserverons des jumeaux"
(J. Tyldesley. "Les femmes dans l'ancienne Egypte)
On ne trouve que de rares cas de jumeaux dans l'histoire
égyptienne et certains égyptologues y ont vu l'indication
que l'un des deux, voire les deux, étaient éliminés
à la naissance. Cependant, nous n'en possédons aucune preuve
et cette idée va plutôt à l'encontre de l'attitude
des Egyptiens qui aimaient beaucoup leurs enfants.
Le nom : les parents se dépêchaient
de donner un nom au nouveau-né car il n'y avait pas d'existence
sans nom ! Le père participait à l'élaboration de
ce nom. Parfois il se basait sur des mots prononcés par la maman
pendant l'accouchement. Souvent, on mettait l'enfant sous le parrainage
d'une divinité...C'était "le nom de la mère".
En plus de ce "vrai nom", originel, l'enfant recevait un autre
nom dit "usuel". Une fois le nom choisi, les parents le faisaient
enrégistrer à la Maison de Vie. On ne sait pas exactement
comment fonctionnait ce système mais dans les documents judiciaires,
les accusés et les témoins sont appelés par leur
nom, confirmé par les noms du père et de la mère
ainsi que par leur métier. Il semble donc qu'il existait des sortes
de régistre d'état civil évitant la confusion entre
les nombreux homonymes.
Sexe de l'enfant : si le
désir d'avoir un garçon prédominait, les filles étaient
cependant bien accueillies. En fait, toute naissance était une
joie. Une certaine préférence pour les enfants de sexe masculin
était liée au fait que le fils faisait vivre le nom de son
père, qu'il était chargé de l'enterrer et d'entretenir
sa tombe.
Risques à la naissance
: la mortalité périnatale était élevée
tant pour la mère que pour le nouveau-né.
Dans certaines tombes, on a trouvé les restes de femmes ayant à
leurs côtés des fragments de foetus ou de nouveaux-nés.
Des déformations du bassin, susceptibles d'entraver un accouchement
normal, ont été retrouvées sur certaines momies féminines.
Par exemple, dans la tombe prévue pour Horemheb à Saqqarah
(avant qu'il ne devienne roi), on a découvert les restes de l'une
de ses femmes, Moutnédjémet, morte vers 40 ou 45 ans, et
parmi eux les ossements d'un foetus complètement développé.
On peut se demander si la reine n'est pas décédée
en mettant au monde un enfant. Un autre exemple est la momie de la dame
Henhenet (XIIe dynastie) sur laquelle on a décelé une vaste
déchirure de la vessie provoquée très certainement
par des tentatives d'extraction d'un bébé au travers d'un
bassin très étroit.
Pour les enfants, on considère qu'un sur deux ou trois mourait
à la naissance ou dans la période périnatale. Les
causes de cette mortalité infantile néonatale étaient
les malformations mais aussi des infections digestives qui pouvaient survenir
très rapidement. Pour protéger les nouveaux-nés,
on plaçait des amulettes autour d'eux ou accrochées à
leur cou (représentations de divinités, formules magiques
écrites sur des petits morceaux de papyrus enroulés).
Pendant 14 jours, Piya se reposa et se consacra entièrement
à sa fille tandis que parentes et amies assumaient les
tâches domestiques. Cette période correspondait à
la "purification" rituelle. Son seul souci fut d'allaiter
son enfant et de la protéger de tout mal. Heureusement,
elle n'eut aucun besoin de médecin-magicien pour faire
monter le lait et put donner le sein à Titaou qui se développa
sans problème. La déesse Taouret avait bien fait
son office.
La "purification" rituelle faisait
suite à l'accouchement. Pendant 14 jours, la jeune mère
s'isolait du lieu de vie commune avec son nourrisson. Cet isolement pouvait
se faire dans le pavillon de naissance. On ne connait pas exactement la
signification de cette purification car le même terme désigne
les règles et il se pourrait qu'il y ait confusion entre celles-ci
et les lochies qui suivent normalement un accouchement. Ces écoulements
étaient-ils considérés comme des saletés qui
devaient être évacuées? Toujours est-il que ces quelques
jours permettaient à l'accouchée de se reposer et de s'occuper
de son bébé tandis que les femmes de l'entourage s'occupaient
de la maison. On a retrouvé un certain nombre de représentations
de femmes allongées ou assises, allaitant leur bébé.
(cliquez sur l'image)
Ce relief, datant
du Nouvel Empire, montre une femme nue, couchée sur un lit,
allaitant un petit enfant. La ceinture étroite qui enserre
les hanches, le collier autour du cou et la perruque bouclée
agrémentée de la mèche juvénile sont
les attributs typiques de la femme en couches.
Musée du Caire.
(extrait du catalogue "La Femme au Temps des Pharaons",
MRAH, Bruxelles, 1985)
L'allaitement maternel était primordial
et la première inquiétude de la maman était de ne
pas pouvoir l'assumer. Il existait des formules magiques et des recettes
médicales pour favoriser la montée du lait et éviter
qu'elle ne se tarisse. La déesse Taouret était invoquée
pour que le précieux breuvage soit abondant.
Habituellement, les enfants étaient nourris au sein pendant trois
ans. Ceci offrait certains avantages: le lait maternel était nutritif
et permettait une alimentation optimale du nourrisson. De plus, étant
stérile, il protégeait des gastroentérites si funestes
pour eux. Enfin, tant que la lactation durait, la mère évitait
une nouvelle grossesse.
D'après les papyri médicaux, on s'assurait de la qualité
du lait maternel: il devait émettre une odeur de plantes aromatiques
ou de farine de caroube. Par contre, si une odeur proche de celle des
poissons en émanait, il valait mieux confier l'enfant à
une nourrice.
Le métier de nourrice était bien considéré
et ouvert aux femmes de toutes classes sociales. On faisait appel à
elles en différentes circonstances: dames de la haute société
qui ne souhaitaient pas nourrir leur bébé, mères
n'ayant pas de lait en suffisance, mères décédées
à l'accouchement. L'histoire a retenu le nom de nourrices royales,
recrutées parmi les épouses de fonctionnaires élevés,
cette fonction étant l'une des plus importantes exercées
par une femme.
Enfin, le lait de femme était utilisé à des fins
médicales:
- cicatrisant des brûlures
- antitussif pour les enfants (dans ce cas, il était mélangé
à du miel et à des dattes)
- collyre ophtalmique (particulièrement, le lait d'une femme ayant
accouché d'un garçon)
- stimulateur de fécondité.
Pour ces utilisations, le lait était recueilli dans des récipients
spéciaux, représentant une femme portant ou allaitant un
nouveau-né.
(cliquez sur l'image)
Vase en terre cuite représentant
une femme allaitant un nourrisson.
Nouvel Empire.
Musée du Louvre.
Les représentations de femmes allaitant leur enfant ne sont pas
très fréquentes dans l'art de l'Egypte antique et ne concernent
généralement pas les classes aisées. Elles montrent
le plus souvent des paysannes ou des servantes. Cependant, on a trouvé
quelques ostraca, à Deir el-Medineh, montrant ces scènes
d'allaitement dans la classe des artisans.
Dans le monde divin, par contre, on voit souvent une déesse allaitant
le roi ou un défunt. La signification de ces scènes est
à mettre en rapport avec la renaissance. De plus, lorsqu'une divinité
donne le sein au roi, cela confirme la nature divine de ce dernier. Rappelons-nous
la reine Hatshepsout se nourrissant au pis de la vache Hathor telle qu'on
peut la voir sur un mur du temple de Deir el-Bahari.
petite enfance
Au terme de la période de "purification", Piya
reprit sa vie normale.. Elle confiait Titaou aux servantes pendant
qu'elle-même vaquait à ses occupations. Sans faire
partie des classes dites aisées, elle n'avait pas à
se plaindre de sa situation et menait une vie agréable.
Son époux, Haty, était scribe et ses activités
lui permettaient de faire vivre facilement toute la maisonnée.
Pendant qu'il était occupé, son épouse participait
au tissage des étoffes destinées à la fabrication
des vêtements de la famille.
La petite Titaou grandissait sans poser le moindre problème.
Jusqu'à l'âge de 3 ans, sa maman la nourrit au sein
et l'emmena souvent avec elle. La fillette gambadait nue, sans
autres vêtements qu'une ceinture autour de la taille et
un collier, portant une amulette, autour du cou. Sa coiffure était
celle de la plupart des enfants de son âge: le crâne
était rasé et il ne subsistait qu'une longue natte
tressée, terminée par une boucle, sur le côté
droit de la tête. Lorsqu'elle n'accompagnait pas sa mère,
elle partageait les jeux des enfants voisins ou jouait toute seule
avec les jouets que son papa lui avait construits pendant ses
rares périodes de loisirs.
Elle atteignit ainsi l'âge de 4 ans, dans l'insouciance
la plus totale.
Lorsque les risques inhérents à la naissance étaient
écartés, les nourrissons accédaient à une
période de vie plus sécurisée. Si l'allaitement maternel
(ou celui d'une nourrice) était suffisant et bien supporté,
l'enfant était protégé par les anticorps de sa mère
et se développait harmonieusement. Cette alimentation était
poursuivie, du moins partiellement, jusqu'à l'âge de 3 ans
environ. Néanmoins, les risques de morbidité restaient élevés
et on faisait appel à des incantations, des amulettes...magiques
pour écarter le danger:
"Disparais, toi qui viens de l'ombre. Toi qui
rampes avec ton nez dirigé en arrière et ton visage détourné,
puisses-tu oublier pourquoi tu es venue. Voulais-tu embrasser cet enfant?
Je ne te le permettrai pas.
Formule de conjuration, Nouvel Empire.
(extrait de J. Tyldesley "les Femmes dans l'ancienne Egypte"
p.82
Souvent, on copiait la formule sur un petit bout de papyrus que l'on
plaçait dans une perle en bois ou en or, accrochée au cou
de l'enfant. Le port d'une perle bleu turquoise pouvait faire le même
office.
Le bébé accompagnait souvent sa mère dans ses déplacements.
Elle le transportait alors dans une écharpe nouée autour
de son cou, ce qui lui laissait les mains libres.
Relief de la tombe de Montemhet.
XXVe dynastie. Thèbes-Ouest.
Habillement : Vêtue du seul collier
portant l'amulette protectrice et éventuellement d'une ceinture
autour de la taille, la fillette circulait nue comme on peut le constater
sur bon nombre de représentations. La clémence du climat
permettait cette absence de vêtement pour tous les enfants. Cependant,
à certaines périodes, la température étant
plus fraîche, les bambins portaient des vêtements semblables
à ceux des adultes (on en a retrouvé dans certaines tombes,
simples tuniques en lin plissé).
Certains auteurs ne sont pas d'accord avec cette vision de la nudité
des enfants. Par exemple, Lynn Meskell considère qu'il s'agit d'une
convention artistique, dans un contexte funéraire. Selon lui, "le
climat égyptien et la découverte de vêtements d'enfants
dans un contexte domestique vont à l'encontre de cette idée.
A Deir el-Medineh, plusieurs tombes montrent des enfants habillés..."
("Vies privées des
Egyptiens") Coiffure : le crane était rasé
et seule, une mèche de cheveux tressés, tombait d'un côté
sur l'oreille et se terminait par une boucle. Tant les filles que les
garçons portaient cette "mèche bouclée des enfants"
jusqu'à la puberté. Cet âge n'est pas précis
et il semble qu'il ait été d'environ 10 ans pour les fillettes
mais pouvait se prolonger un peu plus tard, jusqu'à la circoncision,
pour les garçons (13-14 ans). Il persiste des doutes sur le port
de cette mèche de l'enfance: était-il généralisé
ou non, devait-il obligatoirement être abandonné à
un certain âge ou pouvait--il être conservé plus longtemps?
Aude Gros de Beler relève des divergences à ce propos et
notamment, dans un conte du Moyen Empire intitulé "Cheops
et les magiciens":
"Faites-moi apporter vingt femmes parmi celles
qui ont un beau corps, ayant déjà des seins mais encore
la tresse de l'enfance, et qui n'aient pas déjà été
ouvertes par l'enfantement"
Manifestement, ce ne sont plus des enfants mais des adolescentes dont
l'âge pourrait se situer entre 12 et 15 ans. De même, il est
fréquent d'observer, sur des peintures, des petites servantes portant
toujours cette mèche.
Jouets et jeux: bien que les enfants des
classes les moins favorisées aient été obligés,
très jeunes, d'aider leurs parents(travaux des champs, travaux
ménagers), il ne fait aucun doute qu'ils aient disposé de
temps pour jouer. On a retrouvé de nombreux jouets en toile, en
bois et en terre cuite, notamment dans les vestiges de maison à
Deir el-Medineh: des toupies, des hochets, des figurines animales montées
sur roulettes et tirées par une cordelette, des poupées
aux bras et jambes articulés... De plus, filles et garçons
jouaient avec des animaux: chiens, chats, petits singes, cabris, gazelles,
canards, oies...
Enfin, ils se livraient ensemble à des jeux de plein air comme:
course, saut, "saute-mouton", acrobaties, jeux d'adresse et
de balles.
Les promenades familiales et notamment les parties de pêche ou de
chasse au boomerang dans les marais étaient l'occasion de réunir
le père, la mère et les enfants.
Scène familiale
de pêche et de chasse au boomerang.
Tombe de Nakht (TT52). XVIIIe dynastie.
vers 4 ou 5 ans
Le moment était venu d'initier Titaou aux tâches
féminines qui deviendraient rapidement les siennes. Le
rôle de maîtresse de maison nécessitait une
formation sérieuse qui devait débuter dès
le plus jeune âge. Piya s'y employa activement. Elle lui
montra progressivement comment cuisiner, faire du pain, tisser,
gérer la maison. Un autre enfant étant né,
Titaou put s'en occuper et apprit ainsi les rudiments de son futur
rôle de mère.
Vivant dans un milieu favorisé, elle eut la grande chance
de pouvoir suivre l'enseignement destiné aux futurs scribes.
Sa mère étant elle-même lettrée put
l'aider tout au long de ses années d'étude. Pendant
ses moments de liberté, la fillette partageait les jeux
de ses camarades d'école et des enfants du voisinage.
Tout doucement, les années passèrent et Titaou grandit.
Elle parvint ainsi à sa 10e année sans s'en apercevoir.
Vint le moment où elle dut couvrir sa nudité et
porter une robe comme les femmes adultes. Une page de son existence
était tournée.
Fillette. Statuette en bois,
datant du Nouvel Empire . XVIIIe dynastie.
Musée du Caire
Vers l'âge de 4 à 5 ans, les enfants commençaient
à aider leurs parents. Les garçons participaient aux
travaux des champs , apprenaient les rudiments du métier exercé
par leur père. Les filles s'initiaient aux tâches ménagères,
allaient porter la nourriture à ceux qui travaillaient dans la
campagne, allaient chercher de l'eau....
Enseignement: dans ce domaine, nous ne
possédons que peu de renseignements concernant les filles. Il est
vraisemblable que peu d'entre elles pouvaient espérer exercer une
profession de prestige et que les parents préféraient leur
apprendre eux-mêmes ce qui serait nécessaire à leur
vie future de "maîtresse de maison". De plus, certaines
opinions "sexistes" quant à leurs capacités intellectuelles
nous sont parvenues:
Cependant, certaines d'entre elles avaient accès à l'enseignement...mais
cette possibilité restait exceptionnelle et plutôt réservée
à la classe aisée. Les filles de nobles pouvaient fréquenter
les écoles du palais où elles cotoyaient les enfants royaux.
Le mérite était aussi reconnu et il pouvait arriver qu'un
enfant issu d'une famille modeste, fille ou garçon, particulièrement
doué soit accepté dans une de ces écoles attachées
au palais ou au temple. Au terme des études, les filles pouvaient
occuper un poste administratif tel que : gérante, gestionnaire,
intendante, surveillante, directrice, inspectrice, trésorière,
secrétaire....On connaît même des juges, des vizirs,
des médecins féminins. Ces métiers impliquaient qu'elles
avaient pu suivre un enseignement sérieux.
D'un autre côté, même si elles n'étaient pas
scolarisées, les fillettes étaient soigneusement éduquées
par leur mère et mises au courant de leurs droits (héritage,
possession de biens...).
Vers 10 ans, la fillette entrait dans l'adolescence et tournait une page
de son existence.