| adolescence |
Un jour venait où la fillette ne pouvait plus se vêtir d'un simple collier mais devait porter une robe et abandonnait la mèche de l'enfance.
L'apparition des menstruations est peu
documentée dans les textes dont nous disposons. Nous ne pouvons
comprendre comment les adolescentes percevaient ce passage à l'âge
adulte. Quant à l'aspect pratique de la protection hygiénique,
les découvertes faites à Deir el-Médineh apportent
certaines réponses. En effet, on a retrouvé des listes de
vêtements à nettoyer et notamment des "bandes du derrière"
(serviettes faites de deux épaisseurs de lin que l'on donnait à
nettoyer avant de les réutiliser [Joyce
Tyldesley: "Les femmes dans l'ancienne Egypte" p143]). Il
semble que les femmes étaient considérées comme impures
pendant la période de leurs menstrues. L'excision était-elle pratiquée? Rien ne nous permet de l'affirmer. Un texte de Strabon introduit le doute:
Cependant, on n'a jamais trouvé de momie de femme excisée. Il faut remarquer, toutefois, que les corps examinés étaient tous issus de la haute société et que les pratiques des classes inférieures auraient pu être différentes. Christiane Desroches Noblecourt fait remarquer que de très rares textes parlent de "jeunes filles qui n'ont pas été coupées". Ceci pourrait suggérer une mutilation rituelle pour les filles au même titre que la corconcision pour les garçons. Par contre, les transports amoureux dont on parle dans les Chants d'amour paraissent totalement incompatibles avec une excision totale. Il reste la possibilité que ces chants soient de simples fantasmes. Pour les femmes, les différentes étapes de la vie n'étaient peut-être pas aussi nettes que nous l'imaginons avec notre esprit moderne. Certains auteurs, comme Lynn Meskell (Vies privées des Egyptiens), suggèrent que les fillettes étaient précocement considérées comme des êtres sexuels et mêlées à des scènes érotiques. Nombreuses sont les représentations où on les voit nues ou à demi-nues, associées à des symboles comme des fleurs de lotus, portant des ceintures sur les hanches et munies d'instruments de musique. L'association de fillettes à la sexualité est fréquente dans l'imagerie qu'elle soit réelle ou imaginaire et cette situation devait être acceptée. Ces éléments semblent suggérer que leur rôle social et sexuel commençait très tôt. Il ne faut pas oublier que l'âge du mariage était de douze ou treize ans pour les filles (seize à vingt ans pour les hommes, selon les sources) et cela faisait dire qu'il n'y avait pas d'adolescence pour elles.
Quel pouvait être le devenir des fillettes ayant suivi un enseignement ? En principe, elles pouvaient espérer entrer dans les carrières administratives et il n'existait pas d'opposition à leur progression. Même des postes à responsabilité pouvaient leur être ouverts. Cependant, dans la pratique, peu d'entre elles avaient la possibilité de poursuivre une carrière. Elles se "mariaient" jeunes et se laissaient absorber par les tâches familiales. De plus, l'absence de contraception efficace les plaçait rapidement face à une famille nombreuse. Elles n'avaient donc pas l'occasion de poursuivre une formation qui pourtant avait bien débuté. Les possibilités d'accession à un apprentissage et ensuite à une profession semblent avoir évolué au cours du temps. Pendant l'Ancien Empire, il ne fait aucun doute que de nombreuses femmes exercèrent, dans l'administration, des fonctions à responsabilité. L'Histoire garde le souvenir de dame Péséshèt, directrice des femmes-médecins (IVe dynastie) et de dame Nebet, vizir (VIe dynastie) tandis que Christiane Desroches Noblecourt signale plus d'une vingtaine de titres portés par celles qui avaient suivi des études de scribe :
Un petit bémol cependant à ces affirmations au sujet de
Peseshet et de Nebet ! Au Moyen Empire, moins de femmes paraissent avoir exercé des tâches administratives, du moins dans les palais royaux, leur fonction de "maîtresse de maison", nebet-per, prenant la prépondérance. Pourtant, on trouve encore certaines fonctions féminines dans l'intendance:" intendante du magasin du lin royal", "responsable du sceau", majordomes, secrétaires...Dans le secteur privé, il n'en était pas de même et on trouve un certain nombre de régisseuses, de trésorières...Joyce Tyldesley rappelle le cas de la dame Tchat, "Trésorière et Gardienne des Biens de son Seigneur". Elle travaillait pour le gouverneur local Khnoumhotep (XIIe dynastie) et on trouve sa trace dans certains tombeaux de Beni Hassan. Au Nouvel Empire, la tendance est encore plus nette: l'Administration est gérée par les hommes. Ceci n'exclut pas l'intervention des femmes lettrées dans les affaires privées: telle cette propriétaire terrienne qui gère elle-même ses biens comme une véritable femme d'affaires ou encore cette épouse de fonctionnaire qui remplace son mari en déplacement:
D'autres occupations pouvaient encore s'offrir aux jeunes filles issues des classes plus aisées: - celui de nourrice était particulier: bien sûr, pour entrer au service de familles aisées, une nourrice ne devait pas avoir une formation spéciale. Mais il n'en était pas de même pour les nourrices royales. On leur demandait en plus de leur fonction "alimentaire", de suivre l'éducation des princes et princesses. Elles devaient donc être instruites. - le tissage constituait une activité importante à tous les niveaux. Les ateliers de filature du palais étaient généralement dirigés par des membres du harem royal, issues de la haute société. Pour devenir "Supérieure des ateliers de filature du palais" on imagine qu'une certaine instruction était requise. - le titre de prêtresse était l'un de ceux les plus appréciés par les femmes instruites. L'Ancien Empire fut l'époque pendant laquelle le clergé féminin fut le plus nombreux. On le retrouve surtout dédié au culte de divinités féminines comme Hathor ou Neith. Elles exerçaient les mêmes fonctions que les hommes et étaient rémunérées de la même façon qu'eux: Prophétesse du dieu (hémèt-nétèr), les pures (ouabout), les surveillantes (ouréshout), les chanteuses (mérout), les joueuses de sistre, les prêtresses funéraires (hémout-ka), les pleureuses (djérout). Pendant le Moyen Empire et ensuite, le Nouvel Empire, la participation des femmes au clergé se réduit de façon très importante et finalement, elles furent cantonnées aux fonctions de "chanteuse d'Amon". Toutefois, des femmes d'origine relativement modeste (épouses de tisserands, de cordonniers...) purent accéder à ce métier. - la musique, la danse, le chant étaient aussi des voies offertes aux jeunes filles. On enseignait ces disciplines dans les harems. Toutes les festivités, privées ou officielles, s'accompagnaient de musique et les bonnes interprètes ne manquaient pas d'invitations. Elles pouvaient être indépendantes et se produire à la demande ou être attachées à une grande demeure, à un temple. Notons que des hommes exerçaient aussi ces professions.
Quelle était la vie des adolescentes qui n'avaient pas bénéficié de l'enseignement ? Elles pouvaient avoir accès à certains "petits métiers",
proches de l'artisanat. Ainsi, le filage, le tissage, la couture étaient
dévolus aux femmes et les adolescentes en apprenaient les rudiments
auprès de leur mère. Pour plus de détails sur les
petits métiers exercés par les femmes, voir le chapitre
sur l'âge adulte.
Parvenue à la puberté, l'adolescente pense à réaliser
son souhait le plus cher : rencontrer son futur époux, s'installer
avec lui dans sa propre maison et y avoir de nombreux enfants.
Il n'est pas impossible que des fillettes impubères aient été mariées aussi. Le même Ptahotep fait cette recommandation :
M. Della Monica en conclut que le mariage avec une fillette impubère était possible mais que les rapports intimes étaient interdits jusqu'à la puberté. L'âge du mariage, pour les hommes, devait se situer entre 15 et 20 ans mais il pouvait aussi exister d'importants écarts d'âge entre les époux. Les adolescentes pensaient donc très tôt au mariage et de nombreux chants d'amour prouvent que la jeunesse n'entravait nullement les sentiments amoureux :
Dans ces poèmes d'amour, la jeune fille est fréquemment appelée"soeur" et le jeune homme "frère". Ce sont des noms poétiques qui ne signifient nullement une consanguinité. Ces dénominations ont longtemps fait croire à des relations incestueuses répandues dans toute la population égyptienne. En réalité, il semble que seule la famille royale ait favorisé des mariages entre frère et soeur, père et fille...afin de préserver la filiation divine. Cependant, certaines jeunes filles désespéraient de rencontrer leur futur époux. Elles s'adressaient alors à la déesse Hathor "qui entend les prières de chaque jeune fille qui pleure et espère en elle". Elles pouvaient également faire appel à la magie : des charmes étaient utilisés pour attirer l'amour d'un indifférent, des figurines de terre cuite ou de cire étaient envoûtées pour vaincre une rivale... Le choix de l'époux Même si les jeunes gens s'étaient promis l'un à l'autre, la décision finale incombait au père de la jeune fille. Souvent, il approuvait leur choix mais sa préoccupation majeure était d'assurer l'avenir de sa fille. Il choisissait "un homme de bien": un grand-père conseillait ainsi pour sa petite fille, "un mari prudent, mais pas forcément un mari riche". On a fréquemment parlé d'inceste à l'époque pharaonique. Qu'en est-il ? Dans la classe paysanne,
il n'était pas rare de voir des mariages entre cousins ou entre
oncle et nièce afin d'éviter la division de la terre. Fiançailles ? On ignore s'il existait une période particulière précédant le mariage, une fois que le père avait accordé son consentement. De même, on ne sait pas si un cadeau (tel une bague...) scellait cet accord . Par contre," pour confectionner un philtre d'amour, il suffisait de prélever un peu de sang du deuxième doigt près de l'auriculaire de la main gauche...qui était appelé - celui du coeur- " (C. Desroches Noblecourt. La femme au temps des Pharaons. p203). Virginité . Selon C. Desroches Noblecourt, certains textes font penser que la virginité de la jeune épousée était très importante lors du mariage. Par contre, Joyce Tyldesley rapporte que la jeunesse des fiancées ne les empêchait pas d'avoir une activité sexuelle. Strabon décrit une jeune fille de noble naissance, dévouée au service d'Amon: "Elle se prostitue et couche avec qui elle veut jusqu'au moment où survient la purification de son corps". Cette purification du corps signifie l'apparition des règles.
la suite de l'histoire...
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