Sénènmout

 

 

Tête de Sénènmout provenant d'une statue le montrant avec Néférourê. Musée du Caire.

Je sais ! Sénènmout est un homme ! Cependant, il a joué un tel rôle dans la vie d'Hatshepsout, qu'il trouve sa place, ici, dans un site consacré à la femme égyptienne !

Sénènmout est né à Hermonthis (actuelle Erment, environ à 30 Km au sud de Louxor). Son père, Ramosé, et sa mère, Hatnéfer (surnommée Tioutiou, probablement déjà au service de la reine Ahmès, mère d'Hatshepsout), étaient probablement originaires du pays de Ouaouat. Il est vraisemblable qu'ils firent partie d'un groupe d'anciens notables, prisonniers de guerre sous Thoutmosis I.

Jeunesse

 

On ne connaît pas grand chose de son enfance ni de sa jeunesse. On sait uniquement que, jeune militaire, il a participé à trois campagnes contre les Nubiens et qu'il s'y est illustré. Il fut remarqué par Ahmès Pen-Nekhbet qui se l'adjoint dans sa fonction de "père nourricier" de Néférourê.

Relations avec la famille royale

Il s'installe donc à Thèbes où ses qualités personnelles le conduisent à une carrière fulgurante auprès de la famille royale. Les titres qu'il porte sont nombreux (on en cite une soixantaine) et le couple royal le nomme "précepteur et père nourricier" de leur fille Néférourê (il succéde ainsi à Ahmès Pen-Nekhbet). Il va exercer cette fonction avec l'aide de Senmèn (peut-être son propre frère) qui est nommé "Gouverneur de la maison de la princesse". A la naissance de la deuxième fille des souverains, Mérytrê-Hatshepsout, il devient également son précepteur.De plus, il est nommé "Intendant en chef de la Maison d'Hatshepsout".

Dès cette époque, il est couvert d'honneurs par la famille royale et notamment, il reçoit des statues comme gages de l'estime dans laquelle on le tient. Après le décès du roi, il continuera à recevoir de telles statues. On en connaît 25 à son effigie dont 5 le représentent en compagnie de Néférérourê (jamais avec la fille cadette).

Statue-cube de Sénènmout et Néfèrtarê.

Musée du Caire.

A propos des statues-cubes, voir ici

Généralement on voit Sénènmout accroupi, tenant la petite princesse sur ses genoux. L'enfant porte généralement la mèche de cheveux caractéristique des enfants. Mais sur certaines de ces statues, elle est déjà qualifiée d'Epouse du Dieu.

Sénènmout tenant Néférourê sur ses genoux.

Musée du Caire.

(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

L'une de ces statues, la plus originale, est conservée au Field Museum de Chicago. Elle représente Sénènmout  debout, apparemment en train de marcher et portant la princesse dans ses bras. Ce type de sculpture est unique pour l'époque et nul doute qu'il l'ait lui-même inspiré comme les autres effigies d'ailleurs.
D'autres types, le montrent adorant la déesse Hathor dont la reine est l'image sur terre. Hatshepsout voue un culte particulier à cette déesse et son Grand Intendant partage cette dévotion.
Enfin, certaines de ces statues comportent un "cryptogramme", comme celle-ci:

Sénènmout tient devant lui, le cryptogramme du nom de la reine:
- le cobra : Maât
-les deux bras levés sur lesquels repose le serpent: Ka
-le disque entre les cornes placées sur la tête du serpent:
(d'après Christiane D)esroches Noblecourt: "La Reine Mystéieuse)

(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Sénènmout, soutenu par la reine, joue donc aussi un rôle dans l'apparition d'une nouvelle forme de statuaire plus inspirée par le mouvement, la poésie, l'anecdote.

Nul doute ! Le Grand Intendant de la reine occupe une place prépondérante auprès de la famille régnante. Sur la statue conservée à Berlin, on lit ce texte qu'il eut l'autorisation de faire graver:

"Je suis un noble, aimé de son seigneur, et je suis entré dans les vues du maître des Deux Pays. Il m'a fait devenir Grand Administrateur de sa Maison et Juge du pays tout entier. J'ai été au-dessus des plus grands, Directeur des directeurs de travaux. J'ai agi, dans ce pays, sous son ordre jusqu'au moment où la mort arriva devant lui. (Maintenant) je vis sous l'autorité de la Maîtresse des Deux Pays, Maâtkarê, qu'elle vive éternellement! "

(extrait de Christiane Desroches Noblecourt: "La Reine Mystérieuse")

 

Au début du règne d'Hatshepsout, le domaine d'Amon se trouve sous le contrôle du Grand Prêtre. Mais rapidement, on assiste à une réorganisation qui sépare les parties profane et religieuse. La partie profane va avoir son propre directeur et c'est à Sénènmout qu'échoit cette charge. Il devient ainsi:

Intendant de la Maison d'Amon, Responsable du jardin d'Amon, Responsable des champs d'Amon, Prêtre de la barque d'Amon, Responsable des troupeaux d'Amon, Responsable des constructions, Responsable des artisans du temple...

Après le décès de son époux, la reine confie à son Intendant la tâche de poursuivre le projet ébauché par le défunt: ériger une paire d'obélisques à Karnak, en l'honneur d'Amon. Pour réaliser ce projet délicat, on procède à l'extraction des deux "aiguilles solaires", dans une carrière de granit rose à el-Mahatta, près d'Assouan. A cet endroit, on a retrouvé un bloc de granit, la stèle du Séhel, portant un dessin:

Sénènmout, "Trésorier du Roi de Basse Egypte", y explique à sa reine qu'il a entrepris les travaux. EIle porte un vêtement féminin et sa tête est coiffée des deux hautes plumes des Epouses Divines (elle n'est pas encore pharaon). Il est remarquable que dans cette scène, l'Intendant ait osé se représenter de taille égale à celle d'Hatshepsout. Seule marque de déférence, il garde une main pressée sur son coeur. Son importance à la Cour devait déjà être bien grande !

En tant que Grand Majordome de la reine, Sénènmout l'appuie dans son ascension vers le trône. Il exerce son autorité sur les hauts fonctionnaires tant dans le domaine civil que sacerdotal. Certains ont voulu voir dans la dévotion qu'il vouait à sa reine, les indices d'une relation plus intime. Rien n'est certain et il est possible que cette relation particulière soit tout simplement un signe de gratitude pour le rôle éducateur très important que Sénènmout tenait auprès de Néférourê.

L'Architecte

 

Quoi qu'il en soit, à l'époque actuelle, nous le connaissons surtout pour ses talents créateurs dans le domaine de l'architecture.
On trouve déjà son influence dans les restaurations de sanctuaires que Hatshepsout entreprend dans les provinces du Sud au début de sa régence. Ainsi, dans le temple de Bouhen, aux alentours de l'an II du règne de l'enfant-roi, la régente fait restaurer le sanctuaire dédié à Horus selon un plan assez proche de celui de Deir el-Bahari, c'est-à-dire un bâtiment entouré de colonnes. Nul doute que l'influence de Sénènmout se fasse déjà sentir.
Pendant la 4e année du règne de l'enfant-roi Thoutmosis III, Sénènmout aurait fait ériger une stèle en granit rose (matière royale!) dans le domaine de Montou, au Nord du temple de Karnak. On y trouve ensemble les noms de Maâtkarê et de Menkhéperrê (Thoutmosis III) et on y parle de dons en champs et terres cultivées que Sénènmout ferait au temple d'Amon.
On y trouve aussi une allusion au Djéser-djésérou , le temple jubilaire que Hatshepsout fait ériger à Deir el-Bahari. Il semble que le Grand Majordome ait suggéré à la reine de séparer son caveau et la chapelle de culte, contrairement à ce qui se faisait jusque là. Un premier emplacement pour la tombe a été choisi par Hatshepsout alors qu'elle n'était encore que Grande Epouse Royale (probablement déjà sur les conseils de son Grand Majordome): il se situait dans la falaise du ouadi Sikkat Taquet ez-Zeid, endroit retiré, enfoncé dans la montagne thébaine. Devenue pharaon, elle décide de se faire construire une sépulture plus en rapport avec son état de souveraine. Probablement conseillée par le Grand Prêtre d'Amon, Hapousénèb, et par Sénènmout, elle choisit un endroit qui paraît très symbolique: sur la rive gauche du Nil, en face de Thèbes, la montagne culmine sous la forme d'une pyramide naturelle : la "Cime sacrée" considérée comme habitée par la déesse Hathor et vénérée pour cette raison. Dans le flanc de la falaise, à l'Ouest, dominant un ouadi desséché, elle va faire creuser sa tombe. Quant à la chapelle qui doit compléter ce caveau afin qu'un culte puisse y être célébré par les vivants, elle va se trouver sur l'autre versant de la montagne, là où la reine avait fait édifier une petite chapelle contemporaine de la construction de son premier caveau. Elle charge Sénènmout et Hapousénèb de l'agrandir, de la magnifier. On lui prête même l'intention de faire se rejoindre, au travers de la montagne, le caveau et le temple "de millions d'années" !

 

Sous le haut contrôle de Sénènmout, de nombreux architectes et hauts responsables participent à cette construction dont le directeur des travaux est Hapousénèb, Grand Prêtre d'Amon.

 

Le temple de Deir el-Bahari, le "djéser-djésérou", le "sublime des sublimes"

Dans le cirque rocheux naturel, au voisinage du temple jubilaire de Montouhotep II, le temple jubilaire d'Hatshepsout s'érige, sur trois niveaux: trois terrasses reliées par deux rampes d'accès, des portiques, des piliers osiriaques...On y trouve encore des signes de la faveur dans laquelle la reine tenait son Grand Intendant: elle l'autorise à se représenter, rendant hommage à Maâtkarê, sur la face intérieure des portes en bois fermant les niches sacrées de la terrasse supérieure, de la chapelle de Thoumosis I, des chapelles d'Hathor et d'Anubis. Pour plus de détails sur le temple funéraire, le "djéser-djésérou", voir ici.

Sénènmout participe encore à l'édification de plusieurs monuments pour lesquels ses conseils aident la reine dans ses décisions. Citons:
- à Karnak: le "temple d'Amon qui écoute les prières", la construction de la "Salle de fêtes d'Amon", des modifications du "Palais de Maât", la construction d'un magasin à encens, la construction du VIIIe pylone...

Expéditions à l'étranger

 

Toutes ces activités architecturales n'empêchent pas le Grand Intendant d'accompagner la reine dans sa fameuse expédition au Pays de Pount, en l'an VIII. Le récit de cette aventure est largement reproduit sur certains murs du temple de Deir-el-Bahari.
En l'an XI, il accompagne la princesse Néférourê dans la région du Sinaï où l'Egypte exploite la turquoise, la malachite, le feldspath vert et le cuivre. L'expédition est destinée à réaffirmer la présence royale dans ces exploitations minières.

Cénotaphe et Tombes

Sous le règne de Thoutmosis II, Sénènmout s'occupant des enfants royaux est déjà très proche de la reine qui lui permet de creuser un cénotaphe au Gebel Silsilé. A cet endroit, au Nord de la Première Cataracte, le Nil s'engouffre vers l'Egypte, via un rétrécissement qui rend les eaux très impétueuses lors de la crue annuelle. De plus, des carrières de grès y sont exploitées et fournissent la "pierre solaire" pour la construction de monuments. Ce lieu est l'endroit de prédilection pour vénérer le nouvel an égyptien, le premier jour de l'inondation. Il est probable que l'aménagement du petit sanctuaire se fit pendant les derniers jours de vie du pharaon mais il est étonnant d'y trouver le protocole de la reine Hatshepsout et non pas celui du souverain régnant. De même, il fait graver le titre "Grand Intendant de l'Epouse du Dieu" sur la niche contenant sa statue.

Sénènmout, bénéficiant déjà des faveurs royales, fait creuser un caveau pour sa mère Hatnéfer, au flanc de la colline de Sheikh Abdel Gourna, en face de Thèbes. Elle y est enterrée au début de l'an VII et le corps de son défunt mari RAMOSE va y être réenterré (il était décédé plusieurs années auparavant et avait probablement été enterré dans la nécropole de sa ville). C'est au même endroit que le Grand Intendant fait creuser sa chapelle funéraire.
Un signe prémonitoire l'a peut-être poussé à ce choix: au sommet de la colline, par un effet du hasard, la pierre reproduit naturellement, l'image d'une des "statues-cubes" de Karnak, le représentant avec Néférourê. Sensible à ce phénomène du hasard, il l'interprète comme un signe bénéfique du destin. Il est étonnant de constater la présence d'une jeu similaire de la nature, au niveau du rocher dominant le Djéser-djésérou !
La chapelle s'ouvre sur une vue admirable des temples de Karnak et de Louxor, situés de l'autre côté du Nil. Devant la façade se trouve une terrasse sous laquelle se situe la tombe des parents de Sénènmout.
Dans la chapelle, on a retrouvé d'innombrables débris d'un sarcophage de quartzite rouge qui, reconstitué, se révèle très proche de celui de la reine. Il est possible qu'il s'agisse d'un cadeau royal. Il est vraisemblable que cet endroit était prévu, initialement, comme tombe.
Aux alentours de la chapelle, on a retrouvé les restes de proches du Grand Intendant et même une petite jument ainsi qu'un cynocéphale, emballés dans des bandelettes.
La chapelle devait être superbement décorée mais elle subit de nombreuses destructions, victime de la même vindicte que celle qui toucha la reine.

Cependant, les plans du futur Djéser-djésérou ayant été acceptés par la souveraine, Sénènmout obtient d'elle, l'autorisation de construire son propre caveau funéraire, à proximité. Il choisit d'en aménager l'entrée dans la dépression résultant de l'extraction des blocs de calcaire destinés à la construction du "Sublime des sublimes" et de creuser le caveau sous la première grande cour du "Sublime des sublimes". Cela se passe pendant la XVIe année.

Sénènmout et la culture

Le Grand Intendant peut être considéré comme un savant.  Ses oeuvres architecturales ne sont pas seulement esthétiques mais résultent de calculs très précis.
Ses connaissances en astronomie apparaissent dans la décoration du plafond de sa tombe à Deir el-Bahari: il s'agit de la plus ancienne représentation astronomique de la voute céleste telle qu'on pouvait la voir à Thèbes.
Dans la tombe de Gourna, on retrouvera à peu près 150 ostraca portant des dessins, des plans de tombe, des calculs, des copies de textes religieux, funéraires et littéraires (Satire des Métiers, Enseignement d'Amenemhat I, Conte de Sinouhé...).

Hatshepsout et Sénènmout

La nature des liens qui unissaient la reine et son Grand Intendant a déjà fait couler beaucoup d'encre ! Si on dispose de nombreux documents relatant la vie publique de la souveraine, il n'en est pas de même pour sa vie privée. On en est donc réduit à des suppositions, des interprétations.
Il est évident que Sénènmout voue une véritable vénération à sa reine "très aimée". Cette adoration est manifestement bien acceptée par la souveraine:
- le premier signe d'attachement à la reine se trouve sur le dessin du Séhel, lors de l'extraction des premières obélisques: Hatshepsout et Sénènmout se font face et ont des silhouettes de grandeur égale ! Quelle entorse au protocole ! Mais la reine a très certainement donné son accord !
- la quantité de statues du Grand Intendant consacrées dans les temples  montre en quelle estime il est tenu
- le grand nombre d'images de Sénènmout louant la reine, figurant sur la terrasse supérieure du Djéser-djésérou, de la chapelle de Thoutmosis I, des chapelles d'Hathor et d'Anubis est une autre preuve de considération
- un autre lien entre la reine et son Grand Majordome: le culte que tous deux rendent à Hathor. Sénènmout est le premier à utiliser une frise ornementale constituée de têtes d'Hathor, dans sa chapelle de Gourna. D'ailleurs, Hatshepsout lui offrira des statues où il est représenté en dévotion à la déesse.
- le don du sarcophage retrouvé à Gourna est digne d'un membre de la famille royale. Le quartzite dont il est constitué, est réservé aux plus grands et la forme qu'on lui a donnée est très proche de celui du cartouche royal.
- le don du terrain pour construire son caveau à Deir el-Bahari, dans l'aire sacrée, est une faveur accordée par la reine à un proche!
- dans la tombe elle-même, la présence du cartouche et du nom de la souveraine, à deux reprises, montre à quel point Sénènmout lui est attaché. Dans la salle du caveau, les noms d'Hatshepsout et de Sénènmout sont réellement jumelés et parfois placé sous la protection d'Hathor:

Hathor dominant Thèbes, qui préside dans le saint des saints, aimant le dieu parfait Maâtkarê, et l'Intendant du palais Sénènmout"

(extrait de Christiane Desroches Noblecourt: La Reine Mystérieuse)

- le Grand Intendant invente les cryptogrammes, sortes de rébus qui lui permettent de faire graver sur les statues les noms de sa reine (le plus souvent Maâtkarê et parfois Hatshepsout). Par exemple, un dessin représente le vautour de Mout ( = Maât), ailes déployées. Le corps de l'oiseau est remplacé par un grand oeil ( = Rê) et le symbole des deux bras levés ( = ka). Il est aisé de lire "Maâtkarê" ! Ces cryptogrammes se retrouvent sur des statues, des amulettes, des objets.
- un indice supplémentaire: alors que tout Egyptien est voué au mariage, Sénènmout semble rester célibataire. La coutume veut que dans les tombeaux, on représente le "fils aîné" chargé de rendre le culte funéraire. Dans son caveau, le Grand Intendant fait représenter l'un de ses frères, à cette place rituelle.

L'énigme Maïherpéra: qui était-il ?

A la suite de Christiane Desroches Noblecourt, pénétrons dans ce mystère. Comme elle le fait remarquer, on entre dans le domaine des suppositions et non pas d'une étude totalement objective. Cependant, on reste rêveur devant ce récit.
Alors que Hatshepsout est Grande Epouse Royale, elle s'attache particulièrement à un enfant élevé à l'école du Palais, en même temps que les enfants royaux. Cette école (le kep)s'occupait souvent des fils de chefs étrangers. L'enfant, du nom de Maïherpéra, a le type physique nubien et la reine lui confère la fonction de "Porte-flabellum à la droite du roi", titre généralement porté par un fils royal. Le petit garçon semble être né un an après Néférourê et serait mort à l'âge de 21 ans. On a retrouvé sa momie dans une sépulture de la Vallée des Rois, entourée d'objets précieux. Il est certain qu'il a été enterré dans la nécropole royale, sur ordre de la reine et qu'elle a été attentive à sa momification ( l'un des tissus de lin qui le recouvrent, porte le cartouche de Maâtkarê). Dans sa tombe, on a aussi trouvé un papyrus funéraire, recouvert de plusieurs chapîtres du Livre des Morts, on le voit représenté sur certaines vignettes mais nulle part, il n'est fait mention d'une autre identité que celle de "l'enfant du kep Maïherpéra". Certains égyptologues ont imaginé qu'il était le fils d'un roi et d'une reine à la peau foncée mais quant à elle, la grande égyptologue pense qu'il pourrait s'agir du fils d'Hatshepsout et de Sénènmout. Actuellement, rien ne permet de confirmer ni d'infirmer cette thèse.

La disgrâce ?

Jusqu'en l'an XVI de la corégence, Sénènmout est bien présent et ensuite, on perd sa trace. Serait-il tombé en disgrâce ? On a parlé de différends avec la reine à propos de la construction d'un édifice "Le grand siège d'Amon" (Khâ-akhèt) dominant le temple de Deir el-Bahari et celui de Monthouotep II, ou à propos de la fête sed ou encore de l'édification des derniers obélisques de la reine Hatshepsout, introduits dans la grande salle à piliers, Iounit, dans laquelle Thoutmosis I, II et III avaient été couronnés ? On ne sait pas.
Autre hypothèse: après la mort de Néférourê, il se serait tourné vers Thoutmosis III et la reine lui en aurait tenu rigueur.
Une autre interprétation paraît plus simple: s'il a participé à des campagnes sous le règne d'Amenhotep I, comme cela a été dit, et qu'il soit passé à une carrière administrative sous Thoutmosis I, on peut en déduire qu'en l'an XVI de hatshespsout, il est âgé de 50 à 70 ans et aspire peut-être à se retirer de la vie publique.

Pourtant, on trouve encore une statue de Sénènmout dans le temple Djéser-akhèt (l'ancien Khâ-akhèt érigé pour Amon par Hatshepsout et modifié par Thoutmosis III après le décès de la souveraine). Sur l'épaule droite de la statue, on trouve le cartouche de Menkhéperrê. Cette découverte prouve que Sénènmout a survécu un certain temps à sa reine et qu'il était accepté auprès du nouveau roi.

La disparition

On ne connait pas exactement la date du décès du Grand Intendant et on ne sait pas où il fut enseveli. Sa tombe, à Deir el-Bahari, est restée inachevée et n'a pas reçu le sarcophage qui se trouve toujours dans sa chapelle à Gourna. Par contre, elle a été visitée car les portraits de Sénènmout ont été martelés tandis que le cartouche de la reine a été respecté.
De même, le cénotaphe au Gebel Silsilé a subi d'importantes détériorations.
Certains se sont demandés si ces destructions ne furent pas le fait de la reine elle-même.

 

Sources

Christiane Desroches Noblecourt. La Femme au temps des Pharaons. Ed. Stock/Laurence Pernoud, 1986
Christiane Desroches Noblecourt. La Reine mystérieuse, Hatshepsout. Pygmalion, Gérard Watelet. Paris. 2002
Nicolas Grimal. Histoire de l'Egypte Ancienne.Fayard. 1988

http://www.maat-ka-ra.de/english/start_e.htm

Lecture complémentaire:
Luc Watrin." Senmout: le dignitaire aux deux tombeaux et aux multiples statues" dans Toutankhamon Magazine n°13 (février-mars 2004) pp. 30-33

 

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