LES TOMBES

 

 

1) la tombe du Sikket Taquet el-Zaid

Alors qu'Hatshepsout est Grande Epouse Royale, elle pense déjà à se faire construire une tombe. A cette intention, elle choisit un emplacement bien caché dans la falaise dominant un ouadi, actuellement appelé Sikket Taquet el-Zaid, enfoncé dans la montagne thébaine. L'entrée, aménagée dans une anfractuosité de la montagne, se trouve à 28 mètres de hauteur et est invisible de la vallée. La construction de cette tombe est restée inachevée mais comporte déjà plusieurs éléments: un couloir conduisant à une petite salle d'où part un nouveau couloir aboutissant à la chambre funéraire. De là, part une galerie menant à une petite salle ébauchée. Un sarcophage préparé pour la reine est abandonné dans le tombeau. Il est taillé dans un bloc de quartzite jaune et porte des textes funéraires dans lesquels on reconnaît le nom d'hatshepsout dans un cartouche royal. On peut y lire l'inscription:


"Grande princesse, grande de popularité et de charme, Maîtresse des deux pays, fille de roi, soeur de roi, Epouse du Dieu, Grande Epouse Royale, Hatshepsout".

La raison de l'abandon de cette tombe est probablement l'accession au trône de la reine.
La tombe a été découverte par H. Carter en 1916 et un architecte (E. Baraize) fut appelé en 1922 pour extraire le sarcophage. Les difficultés qu'il rencontra pour effectuer cette opération laissent admiratif face à l'exploit réalisé par les Egyptiens pour hisser ce même sarcophage à une telle hauteur. Le sarcophage est aujourd'hui exposé au Musée Egyptien du Caire.

2) la tombe n°20 de la Vallée des Rois (KV20)

Devenue "pharaon", Hatshepsout se doit de faire construire une tombe digne de son rang. Elle souhaite aussi y accueillir son père. D'ailleurs, il n'est pas impossible que la tombe ait été commencée pour Thoutmosis I et qu'Hatshepsout l'ait simplement fait agrandir pour réaliser une tombe commune. Hapouséneb est chargé des travaux et il est probable que l'intention de la reine est de creuser la tombe, à partir de la Vallée des Rois, en direction de son temple funéraire à Deir el-Bahari afin de le rejoindre et d'opérer la jonction.

Ce dernier est effectivement sur l'autre versant de la montagne, en parfaite correspondance avec l'entrée de la tombe: 400 mètres les séparent au travers de la masse rocheuse. La galerie part de l'entrée dans cette direction mais après une cinquantaine de mètres, la nature de la roche force le directeur des travaux à dévier la trajectoire et à donner la forme d'une anse de panier à ce long couloir qui aboutit à la chambre funéraire. La longueur de la galerie est de 213 mètres tandis que la chambre funéraire se situe à 97 mètres de profondeur. Là se trouve le sarcophage de la reine, ouvert et vide.
Pour voir un plan de la tombe et effectuer une visite virtuelle, cliquez ici.

Pour quelles raisons, la reine veut-elle ramener la momie de son père dans son propre caveau ?
Certes, la reine est très attachée à son père mais il y a aussi une raison politique. La tradition veut que l'héritier du trône procède aux rites funéraires de son prédécesseur. Or, lors du décès de Thoutmosis I, c'est Thoutmosis II, son fils et successeur, qui a célébré les funérailles. Ensuite, à la mort de ce dernier, c'est l'enfant-roi, le jeune Thoutmosis III qui a conduit le rituel. Hatshepsout veut maintenant réensevelir son père, accomplir le rituel et confirmer ainsi sa place sur le trône.
Rappelons que Thoutmosis I ne restera pas dans ce caveau car son petit-fils, Thoutmosis III, l'en retirera pour l'amener dans la tombe KV38 après le décès de la reine.

 

L'EXPEDITION AU PAYS DE POUNT

 

 

Cette expédition pacifique se déroule pendant la VIIIe ou IXe année du règne (la date n'est pas repérée dans les inscriptions). En 1858, Auguste Mariette en a découvert le récit, gravé sur une paroi du portique sud de la deuxième terrasse du Djéser-djeserou, à Deir el-Bahari.

On y apprend que le dieu Amon , en personne, ordonne à la reine d'aller chercher l'encens  et les aromates nécessaires au culte rituel. Cette injonction est faite par le biais d'un oracle:


" Le roi lui-même, roi de Haute et Basse Egypte Maâtkarê, la Majesté de la Cour s'approche de l'escalier du seigneur des dieux, et entend l'ordre issu du Grand Siège, l'oracle de la bouche du dieu lui-même:

"Rechercher les routes vers Pount, découvrir des chemins vers les escaliers de l'oliban, conduire l'armée par eau et par terre pour rapporter les merveilles du Pays du dieu, ce dieu même qui a créé sa perfection."

 


(extrait de Christiane Desroches Noblecourt: "Hatshepsout. La Reine Mystérieuse." p.202)

Auparavant, l'Egypte s'est contentée de petites quantités d'aromates défraîchis et probablement mêlés d'impuretés, ramenées par des caravanes venant du sud. Pourtant, des expéditions ont déjà été envoyées au pays de Pount pendant l'Ancien et le Moyen Empire. Hatshepsout envoie des caravaniers pour prospecter la route et avertir les riverains ainsi que le chef du pays, de la venue prochaine d'une délégation égyptienne. Elle charge Néhésy, le Trésorier du Nord, d'organiser le voyage.

Quels sont les buts de cette expédition ?
Commandité par le dieu Amon en personne, le voyage va accroître la renommée de la reine et attester que son règne est vraiment soutenu par les dieux.
En plus de ce bénéfice personnel, il est certain que l'expédition va permettre d'établir des relations commerciales directement avec le pays de Pount, sans intermédiaires. Il faut donc ouvrir des chemins directs vers ce pays, "Terre du dieu".

L'expédition comporte cinq bateaux dont le premier est dirigé par Néhésy et emporte un groupe sculpté représentant Amon et Hatshepsout. Le départ a vraisemblablement lieu à Karnak où la reine, accompagnée du jeune Thoutmosis III vient saluer la flotille. Le voyage se fait très probablement le long du Nil par cabotage. Nous reviendrons sur le trajet suivi.

Le roi Parakhou et sa femme Ity

 

A l'arrivée au pays de Pount, on assiste à la rencontre entre les représentants de la reine et les Grands du Pount: le roi Parakhou, la reine Ity (célèbre pour son aspect physique particulier montrant une obésité certaine et une lordose accentuée, bref une stéatopygie) et les enfants du couple royal. On échange les cadeaux: les Egyptiens ont apporté "pain, bière, vin, viande, fruits...." tandis que leurs hôtes leur offrent de l'oliban (encens), des pépites d'or, des jarres.... Ensuite, on passe aux échanges commerciaux qui se font par le biais du troc. Les Egyptiens offrent des produits transformés comme: des colliers d'or, des perles de céramique, des bracelets, une hache, une dague et son fourreau. Ces objets sont, en fait, dédiés à la déesse Hathor. En échange, la petite troupe égyptienne va emporter un certain nombre de denrées: encens (non seulement la résine "cueillie" mais aussi des arbres à encens qui sont déracinés, rempotés et emmenés), myrrhe, ébène, or, electrum, khol, bétail à longues cornes, oeufs et plumes d'autruche, chiens (semblables à des lévriers), girafes, rhinoceros, éléphants,babouins, petits singes, panthères, léopards (et peaux de léopards)....
On charge les bateaux pour le retour et c'est le départ vers l'Egypte.
La flotille arrive à Karnak où elle est attendue par la reine qui va dédier tous ces trésors à son père Amon. Une scène étonnante survient à cette occasion: Hatshepsout abandonne toute retenue et laisse éclater sa joie à la vue de l'oliban. Elle y plonge les mains et comme ennivrée par le baume sacré, elle s'en recouvre les bras, les épaules, le torse....
Les arbres à encens vont être transportés sur la première terrasse du temple de Deir el-Bahari où ils vont être replantés de part et d'autre de la première rampe, autour des bassins en T.

Où se situe le pays de Pount ?
Sa localisation a fait couler beaucoup d'encre et le pays exerce toujours un grand attrait auprès des égyptologues. Dans une communication présentée en décembre 2000, Dimitri Meeks explique cette fascination et expose différentes théories (voir ici).
Pour C. Desroches Noblecourt, il est quasi certain que le Pount se trouve sur la côte Est de l'Afrique. Les représentations égyptiennes révèlent un paysage méridional (on y voit des cocotiers) et une faune tout à fait africaine (bétail à longues cornes, girafes, rhinocéros, singes, panthères et léopards). La faune aquatique est de type tropical comme on peut la voir dans la Mer Rouge et ses golfes. Les recherches récentes s'accordent à localiser "le Pays des dieux" aux frontières de l'Ethiopie et du Soudan, entre le Nil Bleu et la Mer Rouge, en-dessous de la côte de Somalie (voir ici) et non pas sur les côtes de l'Arabie ou de l'Afrique du Sud comme certaines recherches anciennes l'ont proposé.
Ainsi que l'explique Christiane Desroches Noblecourt, la confusion vient de l'interprétation du terme Ouadj-our ("le Grand Vert").
Inéni, riche de ses expériences dans le Sud du pays (où il a accompagné les troupes royales de Thoutmosis I) a rapporté à Hatshepsout que pour atteindre les arbres à encens, il faut s'engager sur le Ouadj-our . La plupart des égyptologues traduisent ce terme par "mer". Pourtant, Christiane Desroches Noblecourt ainsi que CL. Vandersleyen, pensent que, en réalité, ce terme se rapporte au Nil en période de crue, qui prend une couleur vert blanchâtre à cause des têtes de papyrus et des jacinthes sauvages arrachées dans les régions du Sud.
Pour la célèbre égyptologue, le chemin le plus probable, suivi par Néhésy, est celui du Nil jusqu'à l'embranchement de l'Atbara (au-delà de la 5e cataracte) qu'il remonte en direction de Kassala (voir la carte).Elle est confortée dans cette opinion par les travaux archéologiques de R. Fattovich dans la région de Kassala. Ce dernier constate, en effet, que la région du Gash a été le lieu de troc pour un certain nombre de produits en provenance de l'Afrique noire et que la présence de poteries koushites et égyptiennes prouve la rencontre entre ces deux pays.

Quel fut le chemin emprunté par l'expédition?
Plusieurs solutions sont possibles:
1) partant de Thèbes, descendre le Nil jusqu'à Coptos et de là, partir par voie terrestre en suivant le Ouadi Hammamat pour aboutir au port de Qoseir sur la Mer Rouge (voir ici). Là, il fallait reconstruire des bateaux pour atteindre les côtes de l'Erythrée. Pour le retour, il fallait effectuer l'opération inverse. A Bubastis, on a trouvé un récit de voyage au pays de Pount sous Thoutmosis III ou Amenhotep II. Chaque soir, les hommes de l'expédition descendent à terre pour la nuit et de jour, se repèrent sur une montagne pour naviguer. Cela suggère effectivement un voyage par mer.
2) une autre possibilité: descendre le Nil jusqu'au Delta et puis emprunter le canal de Sesostris pour atteindre le Nord de la Mer Rouge. Mais il semble que ce canal n'ait pu être emprunté que beaucoup plus tard.
3) la 3e solution reprend le chemin suivi par les expéditions de Thoutmosis I et se prolonge au-delà de la 4e cataracte, dépasse la 5e cataracte jusqu'au confluent de l'Atbara que la flotille peut remonter pour trouver un endroit de mouillage. Dans ce cas, le choix de la date du départ de l'expédition est essentiel car seule la période de l'inondation permet aux bateaux de franchir les cataractes.

 

LA FETE SED, LE GRAND JUBILE DE LA REINE

 

Depuis le début de la période dynastique, la tradition veut que "l'énergie" du souverain soit revigorée au cours d'une cérémonie magico-religieuse qui se déroule au cours de la trentième année de règne. Il s'agit de la "fête sed".

Au cours de l'an XV de la corégence, Hatshepsout pense à confirmer sa royauté par cette cérémonie et, astucieusement, trouve un moyen de parvenir au décompte de 30 années. Le calcul est assez simple car elle considère, comme début, l'oracle d'Amon qui l'a désignée pour monter sur le trône. Cela se passait en l'an II du règne de son père, Thoutmosis I. A partir de ce moment, elle se considère comme corégente. Elle prolonge ce partage du pouvoir auprès de son époux, Thoutmosis II. L'ensemble de ces deux périodes constitue 14 ans de "règne". Elle y ajoute, ensuite, 16 années de corégence avec Thoutmosis III, ce qui permet d'atteindre les 30 années!

Il est possible que Sénènmout ait été opposé à ce projet et surtout aux travaux que la reine prévoyait à cette occasion (introduction de deux obélisques dans la Iounit, à Karnak [voir précédemment] ). Le nouveau Grand Intendant de la Haute Maison, Amenhotep, va assumer la responsabilité des festivités et travaux aux côtés d' Hapouseneb dont la santé est devenue fragile.

Après l'incorporation des obélisques dans l'Iounit qui devient l'Ouadjit, les fêtes du jubilé peuvent se dérouler. On n'a pas beaucoup de renseignements sur cette festivité sinon sur la paroi de l'obélisque encore en place à Karnak: on y voit l'inscription du nom de la souveraine sur les fruits de l'arbre sacré "ished":

"Son père Amon éternise son Grand nom (de) Maâtkarê sur l'arbre ished auguste, ses annales seront (ainsi) pour des millions d'années réunies , en vie, stabilité, vigueur."



Une autre rereprésentation de la Fête se trouve sur les piliers Nord du portique de la terrasse moyenne, à Deir el-Bahari: on y voit la reine et Thoutmosis III offrir, conjointement, l'eau et le lait à Amon.

 

LA FIN DU REGNE

 

Nous ne possédons pas beaucoup de renseignements quant à la fin du règne d'Hatshepsout. Il semble que Thoutmosis III sorte progresssivement de l'ombre de la reine et devienne commandant en chef des armées. En l'an 22, il entreprend une expédition en Syrie.

Les dernières mentions de la reine vivante se situent entre les années XX et XXII du règne:

- en l'an XX, le scribe Nakht, de passage au temple d'Hathor, à Sérabit el-Khadim, dans le Sinaï (visite aux mines de turquoise), grave le nom des corégents en notant "vivante" à côté du nom de la reine

- toujours le même scribe Nakht, de passage à Saqqara, en l'an XX (peut-être au retour du Sinaï), laisse une trace de son passage en gravant: "Le 2e jour du 3e mois de Pérèt, année XX d'hatshepsout et de Thoutmosis-Menkhéperrê".

Entre les années XX et XXII, la reine s'est soit retirée du pouvoir, soit elle est décédée.

Une stèle retrouvée à Erment pourrait encore donner quelques renseignements mais elle est très abîmée. Elle résumerait les grandes étapes du règne de Menkhéperrê (Thoutmosis III). Le début du texte un peu mieux conservé, révèle cette date: "le 10e jour du 2e mois de Pérèt, an XXII"...Ce serait le premier jour du règne de Thoutmosis III en tant que souverain unique, ce qui laisserait supposer que la reine serait disparue le 9e jour du 2e mois de pérèt, en cet an XXII.

Mais rien ne prouve qu'elle soit décédée à ce moment-là. Elle pourrait s'être retirée et avoir cédé le pouvoir à son neveu. En tout cas, on ne trouve pas trace d'obsèques royales. Il n'y eut pas non plus de cérémonies pour introniser un nouveau souverain puisque Thoutmosis III poursuivait simplement son règne.

Rien ne suggère que Thoutmosis III ait négligé ses devoirs de successeur: il a très certainement conduit les cérémonies funèbres. Hathspesout a été momifiée selon son rang et enterrée auprès de son père dans la KV20, inachevée. Hélas, sa sépulture subit le même sort que les autres et a été complètement pillée.

Qu'est devenue la momie d'Hatshepsout ?
On n'a retrouvé avec certitude, dans la cache de Deir el-Bahari (DB320), qu'une boîte en ivoire, marquée du cartouche de la reine et dans laquelle se trouvait un organe interne (un foie ou une rate).
Dans cette même cachette, on a retrouvé les momies de Thoutmosis I, Thoutmosis II et Thoutmosis III ainsi que la momie d'une femme inconnue. Serait-ce la reine ?
Mais il existe d'autres possibilités: dans d'autres tombes, des momies de femmes n'ont pas été identifiées et l'une d'entre elles pourrait être celle d'Hatshepsout (notamment dans la KV60 à côté de celle de Sat-Rê, nourrice de la souveraine).

 

LA PROSCRIPTION

 

L'une des énigmes posées par hatshepsout est celle de la vindicte dont elle fut la victime après son décès.

En effet, on a trouvé un grand nombre de ses représentations, de ses titres, de son nom...martelés, ses statues ont été brisées...et on ne sait pas exactement qui est responsable de ces actes de destruction ni quelles en sont les raisons. Le martelage est tellement soigneusement exécuté que les contours de l'image persistent et qu'on peut reconstituer l'image effacée qu'elle soit un portrait ou des hiéroglyphes.

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer cette proscription.

1°) On a longtemps pensé que Thoutmosis III en était l'auteur et qu'il se vengeait ainsi d'avoir été obligé de vivre dans l'ombre de la reine. Il s'agirait d'une "damnatio memoriae". Pourtant, cette hypothèse rencontre des objections.
Les destructions ne paraissent avoir débuté qu'environ 20 ans après le décès d'hatshepsout, ce qui cadre mal avec l'assouvissement d'une haine si longtemps réfrénée.

Dans la Chapelle Rouge et les salles d'offrande du Palais de Maât, à Karnak, les représentations de la reine, de son Ka et de ses cartouches ont été effacées.
Cependant, les effacements ne sont pas systématiques sur les blocs de la Chapelle Rouge et il semble bien qu'ils aient été faits après le démantèlement de la Chapelle.
On a daté ces destructions comme postérieures à l'an 42 du règne de Thoumosis III. Effectivement, le"Texte de la Jeunesse" gravé sur le mur externe sud du bâtiment construit par Hatshepsout et Thoutmosis III au coeur du temple d'Amon, à Karnak, fait allusion à la Chapelle Rouge. Elle existait donc encore à ce moment (voir ici). Cette inscription remonte à l'an 42 ou même plus tard puisque le texte mentionne la salle des Annales (construite en l'an 42). De plus, on trouve égalemen trace du Texte de la Jeunesse dans la Chapelle Rouge.

Pourtant, d'autres découvertes, fournissent des arguments pour une persécution plus précoce après la mort de la reine:

Dans l'Akéménou, la salle des Fêtes construite par Thoutmosis III (commencée en l'an 24), on trouve une architrave en grès provenant d'un monument d'Hatshepsout, utilisée comme pierres de pavement et insérée de manière à cacher ses titres.
De la même manière, dans le temple de Ptah, on retrouve des blocs de calcaire portant les titres d'Hatshepsout et provenant d'un monument que son successeur avait fait détruire. Or, on sait que Thoutmosis III a effectué des dons pour ce temple lors de son retour de Syrie, en l'an 23.

Ces trouvailles ne constituent pas des preuves en elles-mêmes car on sait que de tout temps, les pharaons ont réutilisés des pierres d'autres époques pour construire leurs monuments.

2°) On a aussi imaginé que les martelages dans le Palais de Maât et la chapelle-reposoir de la barque avaient pour but la réutilisation des parois.
Cette hypothèse ne paraît pas vraisemblable
Pourquoi aurait-on laissé les martelages en l'état, alors qu'il aurait été nettement plus simple de remanier les cartouches au nom de Thoutmosis III et de modifier le profil des visages pour les attribuer au nouveau souverain.

3°) Une autre hypothèse est soulevée par l'observation que, dans les textes, seuls certains éléments sont altérés, montrant qu'on voulait s'attaquer à la représentation de la reine, à son essence-même: négation de sa légitimité.

Ainsi, dans le rébus du nom Maât-Ka-Rê, on a uniquement dégradé le symbole du Ka. Cela pourrait montrer la remise en cause de la légitimité de la reine: le Ka royal, l'énergie créatrice héritée des ancêtres, ne se serait pas manifesté en elle.

Le même éclairage est apporté par un texte autobiographique de l'ancien précepteur Ahmès Pen-Nekhbet (gravé sur un mur de sa tombe): cet homme survécut à Hatshepsout et vécut jusqu'à un âge très avancé. Il énumère tous les pharaons qu'il a servis: Ahmose I, Amenhotep I, Thoutmosis I, Thoutmosis II et Thoutmosis III. Il ne cite hatshepsout que comme Epouse Divine et Grande Epouse Royale. Pour lui, très respectueux de la règle sacrée, seul Thoutmosis III a été véritablement sacré pharaon. Il ne pouvait y avoir deux rois, simultanément, sur le trône d'Egypte.
En détruisant les images et les cartouches de la reine, on efface le "pharaon" Maât-Ka-Rê et Thoutmosis III se retrouve le seul héritier légitime. Plus qu'une vengeance personnelle, la proscription serait une attitude "politique".

4°) une dernière piste est proposée par C. Desroches Noblecourt: celle du clergé d'Osiris.
Tout au long de son règne, Hatshepsout préoccupée essentiellement par le dieu Amon, aurait négligé le culte d'Osiris et se serait attiré le ressentiment de Nébouaouy, grand Prêtre d'Abydos, maître des pélerinages et des mystères en l'honneur d'Osiris. D'un autre côté, la reine essaie d'expliquer à ses sujets les transformations qui succèdent à la mort. Ceci déplaît profondément au clergé d'Osiris qui a toujours été le maître des secrets de la résurrection. On peut trouver là certaines raisons de la vindicte osirienne qui touche non seulement hatshepsout mais aussi ses fidèles, comme Sénènmout.

5°) enfin, une autre vague de destructions est liée à la réforme d'Akhénaton. S'en prenant à tout ce qui touchait Amon, le pharaon fit détruire les images et noms du dieu ainsi que ce qui l'entourait. Ultérieurement, dans la phase de restauration, les images furent parfois transformées. Ainsi, au Spéos Artemidos, Séthi I mit sa propre image devant Amon au lieu de remettre en place celle d'hatshepsout !

 

Pour terminer le portrait de cette reine hors du commun, insistons sur le fait qu'elle connut un règne pacifique et prospère sans réelles guerres hors des frontières et sans révoltes internes.

 

Sources:
Grimal Nicolas: "Histoire de l'Egypte ancienne"
Desroches Noblecourt Christiane: "La Reine Mystérieuse. Hatshepsout"
Desroches Noblecourt Christiane: Lla Femme au temps des Pharaons"
Les Dossiers d'Archéologie n°187 Novembre 1993: "Hatshepsout. Femme Pharaon"
Papyrus Express vol.2 n°1: Benderitter Thierry: "La Chapelle Rouge d'Hatshepsout"
(Journal du site Egypte Eternelle: http://www.egypteeternelle.net/index_a.htm )

http://www.maat-ka-ra.de/english/text.htm
http://gerard.homann.free.fr/hatchep.htm
http://www.osirisnet.net/monument/chaproug/chaproug.htm

Lecture complémentaire:
François Tonic. "Hatshepsout: la femme qui rêvait de devenir pharaon" dans Toutankhamon Magazine n°13 (février-mars 2004) pp. 22-29

 

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