Tête d'Hatshepsout. Musée Egyptien du Caire

 

L'entourage de la reine

L'art de gouverner implique également que l'on sache s'entourer de hauts fonctionnaires efficaces et fidèles.

 

 


Au départ, Hatshepsout garde auprès d'elle, des personnalités qui ont déjà servi sous les règnes précédents et ensuite elle s'entoure de conseillers avisés. Citons entre autres:

Ineni maire de Thèbes, surveillant de la construction de la tombe KV20 commandée par Thoutmosis I. Il a exercé ses fonctions sous Thoutmosis I, Thoutmosis II et Hatshepsout.

Seni vice-roi du Koush depuis la troisième année du règne de Thoutmosis I. Il aurait déjà exercé des fonctions sous Ahmosis et restera en place jusqu'au moins l'an 2 du règne d'Hatshepsout.

Ahmès Pen-Nekhbet général des armées, trésorier, vizir. Il a été le précepteur d'Hatshepsout enfant et elle le choisira ensuite comme tuteur pour sa fille Néférourê.

Sénènmout

jeune militaire, il débute sa carrière en accompagnant Thoutmosis II dans ses expéditions au pays de Koush. Le souverain va ensuite le nommer tuteur et père nourricier de la jeune Néférourê car Ahmès Pen-Nekhbet devient trop âgé pour assumer cette fonction. Dès lors, il sera le plus fidèle serviteur de Hatshepsout.

Pour mieux connaître son histoire, cliquez ici.

Sénènmout accroupi et tenant la petite Néférourê. Diorite. Musée du Caire. (cliquez sur l'image pour l'agrandir)


Senmèn assistant de Sénènmout, Gouverneur du Palais de la fille royale, Père nourricier et Tuteur de l'Epouse du Dieu Néférourê.
De plus, il sera également le Père nourricier de l'Epouse du Dieu Mérytrê-Hatshepsout, fille cadette de la reine.

Hapouseneb

Grand Prêtre d'Amon, Supérieur de tous les prophètes du Sud et du Nord, Gouverneur des Provinces du Sud, il est l'un des très hauts personnages de la régence, sans doute le second après Sénènmout.
Il descend d'une famille importante: son grand-père, Imhotep, a été vizir de Thoumosis I.
Il surveille les grands travaux et notamment, la construction du temple de Deir el-Bahari, celle de la tombe de la reine, l'édification du VIIIe pylone à Karnak.
Comme les plus importants personnages du règne d'Hatshepsout, il reçoit un emplacement au Gebel Silsilé pour y aménager un cénotaphe (situé près de celui de Sénènmout).
Il participe aussi aux voyages de la reine et, entre autres, à l'expédition vers le pays du Pount.
Il sera présent aux côtés de la souveraine jusqu'en l'an 16 du règne.                                                          


Djehouti
=Thoutiy
Surveillant du Trésor, Surveillant des Artisans, Supérieur des prophètes d'Hathor à Cusae, Supérieur des prophètes de Thot à Hermopolis, il est très proche de la reine et participe aux décisions et constructions importantes. Orfèvre hors pair, il a incrusté de cuivre, d'electrum, d'or , nombre d'objets dans les chapelles, les temples...et même les obélisques.
Il fait également partie de l'expédition au pays de Pount et devient le responsable de l'enrégistrement des tributs de cette région, lors du retour.
Il participera ultérieurement, en tant que général des armées, à des campagnes militaires organisées par Thoutmosis III, et recevra des récompenses à ces occasions.
   
amenhotep
Il devient le Grand Intendant de la Haute Maison quand un différend semble s'installer entre la reine et Sénènmout. C'est lui qui est chargé d'assister Hapouséneb, vieillissant et malade, dans l'organisation des fêtes du jubilé. C'est encore lui qui fait dresser les deux derniers obélisques de Hatshepsout dans une salle fermée, au coeur du temple d'Amon. Cet exploit lui vaut la reconnaissance de la reine qui lui accorde le titre de "Grand des Grands dans le pays tout entier.

 

LES MONUMENTS

Afin que l'ordre et la paix règnent sur l'Egypte et assurent la prospérité du pays, Pharaon doit maintenir de bonnes relations avec les dieux et témoigner sa reconnaissance pour tous leurs bienfaits. Dans ce but, le roi se doit de construire de nouveaux sanctuaires, de restaurer ceux qui sont en mauvais état, de dresser des obélisques, de faire sculpter de nouvelles statues... Hatshepsout remplit ce devoir dès le début, même avant d'être pharaonne. N'oublions pas qu'elle est redevable à Amon dont l'oracle lui a promis le trône !
A côté de ces motivations religieuses, l'ampleur de ce programme architectural confirme la prospérité actuelle du pays et confirme les capacités de la reine à régner mais surtout sa légitimité.

Première paire d'obélisques, à Karnak.

Peu après le décès de son époux Thoutmosis II, la reine mène à bien le projet qu'ils ont élaboré ensemble: ériger une paire d'obélisques de granit, en l'honneur du dieu, au temple d'Amon. La mission est confiée à Sénènmout. Il semble que l'emplacement de ces monuments était prévu devant les obélisques de Thoutmosis I, en avant du 4e pylone. Plus tard, Amenophis III les fit déplacer et construisit à leur place, le 3e pylone. Ensuite, les "aiguilles solaires" durent s'effondrer et les fragments se dispersèrent sur tout le site de Karnak, avant d'être réutilisés pour plusieurs monuments (matériaux de remplissage).

Dans les provinces du Sud: restauration de temples et édification de sanctuaires.

Beaucoup de monuments ont souffert pendant l'invasion hyksos. De plus, il faut maintenir de bonnes relations avec ces régions qui approvisionnement en or le trésor Royal. Pour localiser les sites et disposer de renseignements à leur sujet, cliquez ici.

A Kasr-Ibrim: elle fait creuser au pied du roc, une petite chapelle dans laquelle elle fait placer sa statue, celle de l'enfant-roi et celles de l'Horus de Nubie et de Satèt, déesse d'Eléphantine.

Dans l'île de Saï: elle projette de faire poursuivre les travaux commencé par Thoutmosis II.

A Bouhen: dans cette importante place-forte dont le rôle est de défendre la Nubie contre les attaques du Koush mais aussi d'entreposer les apports du Sud, le sanctuaire de l'Horus de Bouhen édifié par Sésostris I a gravement souffert. La régente le fait restaurer en suivant un plan qui préfigure ce que l'on verra à Deir el-Bahari: un édifice religieux entouré de colonnades. Cette disposition architecturale fait penser que Sénènmout est le responsable de ces travaux. Une autre particularité réside dans le fait que le monument est édifié au nom de Thoutmosis III mais que Hatshepsout s'y fait déjà représenter en pleine course du couronnement, vêtue d'un pagne court royal (premier signe de son intention de monter sur le trône?).

A Semna, elle fait restaurer les petits temples gardant de part et d'autre, le passage de la Deuxième Cataracte. Ils avaient été édifiés par Sésostris III. Les réparations sont faites au nom de Thoutmosis-Aakhéperkarê et même sur un relief, on peut voir le jeune roi, coiffé du pschent royal, confirmé dans sa fonction royale par Sésostris divinisé. Un argument de plus pour les bonnes dispositions d'Hatshepsout vis-à-vis de son neveu.

Dans l'île d'Eléphantine, elle fait édifier deux temples, en l'honneur de Khnoum, Satèt et Anoukèt. Ceci se passe entre le 2e mois de Pérèt de l'an V et le 4e mois de Shémou de l'an VI. Le Directeur des Travaux en est Amenhotep.

Sur l'île, il existe encore à ce moment, un petit temple du Moyen Empire , bâti en pierres et dédié à Satèt, maîtresse d'Eléphantine. Aménothep le démonte et récupère les matériaux pour constituer les fondations du nouveau sanctuaire. Le bâtiment présente à nouveau cette structure en rectangle bordé de piliers qui semble la signature de Sénènmout. Pour plus de renseignements sur ce temple, voir ici.

Un peu plus au Sud, Hatshepsout fait construire un autre sanctuaire, dédié à Khnoum, le potier créateur, gardien de la cataracte. Le plan en est assez similaire à celui de Satèt.

Constructions à Karnak:

tout le programme de ces constructions semble traduire une volonté de renforcement de la légitimité royale. En effet, si elle veut s'imposer, Hatshepsout doit insister sur sa filiation solaire. Après le décès de son époux, elle concentre son attention sur le temple de son "Père Amon" et renforce sa propre présence à Karnak, par de nouveaux monuments.
Au début du Nouvel Empire, sous Amenhotep I, une liturgie s'est instaurée qui repose sur deux supports essentiels: la statue du Saint des Saints, fixe, constituant le réceptacle permanent de l'énergie divine et la chapelle-reposoir abritant la barque qui contient elle-même la statue voyageuse du dieu. La reine va s'occuper de ces points stratégiques: elle aménage les salles d'offrande (qu'on appelle "Palais de Maât"), fait construire un nouveau reposoir pour la barque sacrée (la "Chapelle Rouge") et aménage les extrêmités est et ouest du temple où elle fait ériger les obélisques. Ces monolithes sont des symboles solaires et royaux, rayons solaires "pétrifiés" et la reine veut, enfin, les consacrer en son nom.

Schéma du temple de Karnak après les travaux d'Hatshepsout: cliquez ici mais pour plus de renseignements et pour percevoir les difficultés des reconstitutions, allez voir ici).

Les obélisques "orientaux": en l'an VI ou VIII du règne de l'enfant-roi, Hatshepsout fait ériger une nouvelle paire d'obélisques, à l'est du temple d'Amon (l'Ipèt-Sout), face au soleil levant. Ils sont ainsi dédiés à Amon et à Rê. Selon une inscription de Thioutiy, qui devait les recouvrir d'electrum, ces monuments devaient atteindre environ 54 mètres. Le récit de l'extraction de ces aiguilles solaires à partir des carrières de granit rose à Séhel (près d'Assouan), leur transport jusqu'à Thèbes et leur érection à Karnak est illustré dans le temple de Deir el-Bahari. On pense également que le graffito découvert à Séhel (représentant Sénènmout dans une position presqu'égale à celle de sa reine encore habillée comme une Epouse Divine) se rapporte à l'extraction de ces monolithes.
Ces deux obélisques sont détruits mais leurs socles sont en partie conservés. On connaît ainsi leur emplacement et ce choix suscite des questions. Ils se trouvent très à l'est du sanctuaire axial d'Amon que l'on appelle aujourd'hui "cour du Moyen Empire". Certains ont suggéré que la reine aurait fait construire un lieu sacré nouveau, succédant à l'Ouadjyt, et situé sur l'emplacement du futur Akhmenou (des blocs de réemploi portant le nom de la reine sont visibles dans le dallage de l'Akhmenou).
Pour plus de détails sur la taille, le transport et l'érection des obélisques, cliquez ici.

Les obélisques "occidentaux": en l'an XV de son règne (corégence avec son neveu), Hatshepsout veut réaffirmer ses droits au trône en bénéficiant de la cérémonie trentenaire, de la fête sed. Ne revenons pas sur le stratagème qui lui permet de se prévaloir de ce jubilé. Pour commémorer cet évènement, la reine décide de faire ériger une nouvelle paire d'obélisques en l'honneur de son divin père Amon. Mais au lieu de les faire dresser devant les deux autres paires de monolithes, dans la grande cour de Karnak, elle décide de les introduire au coeur même de la grande salle Iounit, la grande salle à piliers où son père, son mari, son neveu et elle-même ont été couronnés. Le récit de cette aventure est gravé sur le socle de l'un de ces obélisques, le seul qui soit encore en place aujourd'hui (le plus septentrional):

"C'était quand je me trouvais dans le palais et que je songeais à celui qui m'avait créée. Mon coeur m'induisit à faire pour lui deux obélisques en électrum, aux pyramidions se confondant avec le firmaaent, dans l'auguste Iounit, entre les deux grands pylônes du roi, taureau puissant, le roi de Haute et de Basse Egypte Âakhéperkarê, l'Horus juste de voix...
...Ma majesté a ordonné de travailler à cela depuis l'année XV, le 2e mois de l'hiver, jour 1, jusqu'à l'année XVI, le 4e mois de l'été, le dernier jour: ce qui fait sept mois coordonnés de travail dans la carrière...".

(extrait de Christiane Desroches Noblecourt: "La Reine Mystérieuse. Hatshepsout" pp.373-374)

Les travaux d'extraction de ces obélisques dans les carrières de granit d'Assouan sont confiés à Amenhotep, par Sénènmout lui-même. L'insertion des monolithes dans l'Iounit, enfermée dans l'espace étroit entre les 4e et 5e pylônes, est également l'oeuvre d'Amenhotep (Sénènmout aurait été opposé à ce projet et aurait renoncé à son poste de Grand Intendant). Le placement des obélisques, en ce lieu si restreint,  semble un exploit mais les études ont montré que la manoeuvre était parfaitement maîtrisable par les techniques anciennes. Les bas-reliefs de Deir el-Bahari en apportent l'explication: une fois débarqués, les obélisques sont tirés sur une longue rampe de brique crue montant jusqu'à un niveau suffisamment élevé pour pouvoir les faire pivoter. Le basculement se fait en deux temps: en premier lieu, le vidage d'un réservoir de sable, sous l'obélisque, permet de le faire descendre et ensuite, la traction par des cordages permet de l'ajuster dans la "rainure de pose".

L'illustration montre, à gauche, le mur de brique crue sur lequel glisse le 2e obélisque (le plus au nord) pour arriver au-dessus de la Iounit et pouvoir y être basculé. On observe, déjà en place, l'obélisque le plus au sud.D'après Christiane Desroches Noblecourt.                                          


Schéma de la pose de l'obélisque nord. En clair, le réservoir de sable dont la vidange permet la manoeuvre.A gauche, l'obélisque sud est déjà en place (d'après un dessin de J.C. Golvin, reproduit par Christiane Desroches Noblecourt).

Pour arriver à placer les obélisques dans la Iounit, il a fallu démonter le plafond-terrasse qui recouvrait la salle. Amenhotep a remplacé les piliers (probablement brisés) par de fines colonnes papyriformes en bois doré ce qui explique le nouveau nom : Ouadjit ( salle aux papyrus). Cette salle va demeurer celle du sacre des successeurs et du jubilé. Elle constitue le premier exemple de salle hypostyle.

Le Palais de Maât et la Chapelle Rouge : la reine  porte aussi son attention sur le coeur du Temple d'Amon, où les deux supports du culte se trouvent: le Saint des saints et la chapelle-reposoir de la Barque sacrée. Lors de la fondation du temple, sous la XIIe dynastie, une répartition tripartite a été définie: les appartements divins (formant un espace fermé), devancés par un portique pourvu de colosses osiriaques (abritant la partie royale de la liturgie), lui-même précédé d'une cour permettant aux humains de participer aux festivités. Thoutmosis I a ajouté un nouvel ensemble royal vers l'Ouest (la Iounit, entre les IVe et Ve pylônes) et Thoutmosis II ajoute, encore à l'Ouest, une immense Cour des Fêtes. Hatshepsout poursuit cette évolution et remanie totalement l'espace sacré.
Elle fait construire au coeur du temple, un ensemble de salles d'offrandes et de magasins connu sous le nom de Palais de Maât. En fait, l'ébauche de la grande Demeure de Maât existait peut-être déjà sous Thoutmosis II et permettait certaines lustrations avant de se diriger vers le sanctuaire de la barque. De précieuses offrandes, principalement alimentaires y étaient déposées. Hatshepsout fait remanier les salles où elle avait été sanctifiée au cours des cérémonies du couronnement. La décoration des murs tourne autour des différentes phases du culte divin: purification, onction, vêture, offrandes liquides. Une dédicace sur l'un des murs date l'édifice de l'an 17 du règne de Maât-ka-Rê. La construction de cet ensemble sera très vraisemblablement poursuivie par Thoutmosis III après la disparition de la reine car certaines parties comportent uniquement son cartouche et pas celui d'Hatshepsout.
Devant cet ensemble, elle fait construire une nouvelle chapelle destinée à recevoir la barque sacrée du dieu: la Chapelle Rouge. Elle est destinée à remplacer celle existant depuis Amenhotep I, la "Chapelle d'Albâtre". Ce monument a dû être construit entre les années 16 et 20 du règne (datation déduite de la présence, sur un bloc, de la dédicace des obélisques élevés dans la Ouadjyt). La Chapelle est constituée de blocs de quartzite rouge (d'où son nom) tandis que le soubassement extérieur est en diorite grise. La décoration sera poursuivie par Thoutmosis III après le décès de la reine mais finalement, il va la faire détruire. La majorité des blocs sera utilisée pour remplir le 3e pylône. On a retrouvé des centaines de blocs qui ont permis de reconstruire le monument que l'on peut voir actuellement au Musée en Plein Air de Karnak. Ce monument est très particulier car, pour la première fois en Egypte, il est constitué d'assises régulières, formées de deux types de blocs rectangulaires probablement préalablement taillés en atelier. Chacun est conçu comme une unité décorative présentant un ou plusieurs tableaux complets. Il arrive que les éléments d'une scène se répartissent horizontalement sur deux blocs mais jamais verticalement, c'est-à-dire qu'ils se limitent à une assise.  La décoration extérieure relate les principaux évènements du règne de la reine: son couronnement (en l'an 7), l'érection des deux obélisques dans l'Ouadjyt, la Fête de la Vallée, la Fête d'Opet. La décoration intérieure se rapporte au culte.(pour plus de renseignements sur la Chapelle Rouge, cliquez ici et ici)

d'après E.S. Hegazy et P. Martinez

 

 

 

 

 

 

Palais de Maât


Ouadjyt


 

Plan supposé de la partie centrale du Temple d'Amon à la fin du règne d'Hatshepsout

La Chapelle Rouge

"Le Temple d'Amon qui écoute les prières" ou le Temple de l'Est:
Derrière les obélisques orientaux, la reine projette de faire construire un ensemble de chambres latérales précédées d'une grande salle s'ouvrant à l'Est, ornées de piliers décorés de statues osiriaques. Au centre de la façade, se trouvera un groupe monumental, en albâtre, représentant Hatshepsout et Amon assis. La reine tient à s'y faire représenter en tenue féminine. La particularité de cette sculpture est que le soleil levant l'illumine comme si la souveraine était l'expression vivante de son père divin: elle se fait ainsi reconnaître comme la fille d'Amon-Rê. De plus, elle nomme ce sanctuaire, le "Temple d'Amon qui écoute les prières"...pour la première fois, la forme divine peut recevoir directement les prières des sujets. Ceci est vraiment une innovation car elle permet un dialogue direct entre le divin et l'humain alors que, jusqu'à présent, seul le roi était l'interlocuteur du dieu. Ce monument sera récupéré par Thoutmosis III qui remanie le groupe sculpté pour y être représenté à la place d'Hatshepsout.

Le VIIIe pylône : jusqu'à présent, les modifications du temple que nous avons décrites s'inscrivent toutes dans un axe est-ouest, c'est-à-dire selon la direction du voyage solaire quotidien. Mais la reine va également s'intéresser à l'axe Nord-Sud qui est déjà ébauché et qui est parallèle au Nil. Ces deux axes se recoupent au niveau de la Cour des Fêtes construite par Thoutmosis II ainsi qu'on peut le voir sur la vue aérienne du site (ici). Sur la voie qui mène vers le Sud, vers Louxor, va s'élever le VIIIe pylône qui est l'oeuvre conjointe d'Hatshepsout et de Thoutmosis III. Bâti en pierres de grès du Djebel el Silsileh, le monument est constitué de deux môles trapézoïdaux, encadrant une porte. A nouveau, on trouve une disposition très précise des blocs réunis par des joints très réguliers. Devant la face méridionale du pylône, on trouve des statues colossales de rois de la XVIIIe dynastie (il y en eut vraisemblablement six: Amenhotep I, Thoutmosis II, Amenhotep II et sans doute, Thoutmosis I, Thoutmosis III et peut-être Hatshepsout...en fait, toute la famille des Thoutmosides).
Cet axe Sud-Nord qui relie Louxor à Karnak est particulièrement important: il est la matérialisation de l'axe royal venant du Sud à la rencontre de l'axe divin est-ouest. Le VIIIe pylône est le lieu de passage obligé de la "montée royale", de l'acceptation du souverain en tant que manifestation divine vivante. C'est aussi à partir de ce pylône que se forme la procession du Jour de l'An ainsi que celle de la Fête d'Opet .
Tout au long du chemin qui relie Karnak à Louxor, Hatshepsout aurait fait construire six chapelles-stations ainsi qu'on peut les voir représentées sur des blocs provenant de la Chapelle Rouge. Lors de la fête d'Opet, la barque sacrée fait une halte dans chacune d'elles: les prêtres qui la portent, la déposent sur un socle. La reine procède au rite de l'encensement puis le cortège reprend sa marche vers la station suivante.

VIIIe pylône, face Sud

La décoration du VIIIe pylône a été abîmée par les premiers moines chrétiens qui utilisèrent la structure comme support pour construire un couvent ! Heureusement, ils ne martelèrent pas les reliefs et on y retrouve, entre autres, une partie du décor mis en place par Hatshepsout. On peut notamment y voir Thoutmosis I remerciant les dieux d'avoir installé sa fille sur le trône, la reine effectuer la "montée royale" et être confirmée dans sa fonction royale par la triade thébaine. 
On peut résumer l'importance de cet axe royal  Sud-Nord: il représente l'itinéraire initiatique qui permet au souverain d'être couronné ou confirmé dans sa fonction royale afin de devenir l'intermédiaire entre les dieux et les hommes. Le VIIIe pylône est le pylône du Ka royal, lieu de manifestation de la royauté dans le domaine d'Amon.

Speos Artemidos et Speos Batn el-Baggara.

En Moyenne Egypte, Hatshepsout fait construire un petit temple rupestre qui montre à nouveau, l'originalité de ses conceptions architecturales.
En face d'Hermopolis, sur la rive est du Nil, un ouadi profond aboutit: "la vallée du Couteau". De nombreuses sépultures ont été creusées dans ses parois rocheuses au fil des époques. La montagne fournit une belle pierre calcaire blanche et des carrières permettent son extraction pour restaurer les monuments dégradés pendant l'occupation des Hyksos. C'est à cet endroit que la reine décide de faire construire, en compagnie de Thoutmosis III, un sanctuaire dédié à Pakhet, déesse locale à tête de lionne, l'une des incarnations de Hathor. Cette divinité souvent qualifiée de "maîtresse de la Vallée du Couteau" ou encore appelée "la Déchireuse", représente les forces hostiles, la fureur dévastatrice de la montagne quand les torrents dévalent dans le wadi après les orages. Mais apaisée grâce au rite, elle devient protectrice. Hatshepsout souhaite se concilier les bonnes grâces de la divinité locale (ainsi que celles de la population!) et se faire pardonner les blessures faites dans les flancs de la montagne. Le sanctuaire ne sera pas terminé sous son règne et la décoration finale sera réalisée par Séti I. Sous l'Empire romain, Pakhet sera assimilée à la déesse Artémis, d'où le nom de Speos Artemidos. Plus de précisions sur le Speos Artemidos, ici.

Dans le fond de la vallée, une petite chapelle est encore construite par Hatshepsout, Thoutmosis III et NéférouRê, en l'honneur de la déesse Pakhet. Ce speos miniature est creusé au pied d'une cascade et porte le nom de Batn el-Baqara. Cette petite grotte, comme le Speos Artemidos, fait allusion au sein d'Hathor et il est intéressant de noter que la population locale appelle encore cette partie du ouadi: "le ventre de la vache" ! Sur les murs de cette niche rocheuse, on retrouve des représentations des trois personnes de la famille royale ainsi que celles de Pakhet, d'Hathor et d'Horakty.

A Deir el-Bahari: le Djeser-djeserou

A partir de la XVIIIe dynastie, le tombeau des pharaons est séparé du temple mortuaire dans lequel se déroule le culte des dieux, du roi vivant et du roi défunt. Les tombeaux sont cachés dans la Vallée des Rois tandis que les temples de culte sont situés au bord du désert, en direction du Nil.
Hatshepsout décide de faire construire son "Temple de Millions d'années", le "Sacré des Sacrés", le "Djeser-djeserou", aux pieds de la falaise thébaine, dans un immense cirque rocheux qui héberge déjà le temple funéraire de Montouhotep II.
Elle confie la tâche à son architecte et Grand Chambellan, Sénènmout, assisté du Chef des travaux Djehouty. La réalisation du projet va durer 15 années (de l'an VII à l'an XXII du règne) et ce monument reste l'une des oeuvres les plus originales de l'Egypte ancienne.
(Le nom de Deir el-Bahari signifie le "Couvent du Nord" et provient du monastère copte édifié au VIIe siècle dans le temple d'Hatshepsout.)

        vue aérienne, Michel Guay

La caractéristique du monument est son déploiement en trois terrasses soutenues par des portiques et reliées par des rampes centrales. L'ensemble s'intègre harmonieusement au cadre naturel qui est dominé par la "cime sacrée thébaine".
Le temple est orienté selon un axe est-ouest de telle sorte que par temps clair, lorsqu'on se trouve sur la troisième terrasse, on peut apercevoir le premier pylône du temple de Karnak.

Plan du Djéser-djeserou, ici.

Une chaussée montante d'environ 1 Km de long, relie le Nil à l'entrée du temple. (Plus exactement, la chaussée part de l'ancien "temple de la vallée" dont il ne reste que peu de choses. Initialement, il comportait une salle à piliers et sa façade donnait sur un canal relié au Nil.) Cette allée est bordée d'une cinquantaine de paires de sphinx à l'image de la reine. Sur ce trajet, une chapelle-reposoir permet d'accueillir la barque d'Amon afin de procéder à un cérémonial rituel. Il ne reste pas grand-chose de cette station.

Deir el-Bahari.
Sphinx de Hatshepsout qui bordait l'allée menant au temple (baptisée "dromos" par les Grecs).

(Musée du Caire)

L'entrée du temple permet d'accéder à une grande esplanade d'où part la rampe centrale.
De chaque côté de l'entrée, un Persea sacré (" Mimusops shimperi", arbre caduque, à signification solaire). Derrière la rampe, se trouvent la terrasse et le portique inférieurs, flanqués au sud et au nord de colosses osiriaques de la reine.

Dans cette première cour, d'environ 100 mètres de profondeur, des palmiers, des arbres fruitiers, des mimosas....
Les jardins en terrasses reproduisent le "paradis d'Amon", un "paradis terrestre" pour le dieu soleil, imitant les terrasses de myrrhe du pays de Pount, terre légendaire des dieux.
Dans la cour, aussi, une allée de sept paires de sphinx monumentaux.

Au départ de la rampe, deux bassins en forme de T, entourés de fleurs. Sur les côtés de la base de la rampe, un lion royal assis.

Sur le mur du portique nord, des scènes de chasse et de pêche suggérant la détente mais aussi le massacre d'ennemis.
Sur le mur du portique sud, le transport des obélisques d'Assouan à Thèbes en l'an II.

La deuxième terrasse donne accès au portique intermédiaire. On y trouve au Nord, les scènes de la théogamie et du couronnement d'Hatshepsout et au Sud, la description de l'expédition au pays de Pount.

La partie septentrionale du portique est prolongée par la chapelle d'Anubis tandis que la partie méridionale  se prolonge par la chapelle d'Hathor qui est également accessible par une rampe indépendante.

Au terme de l'ascension, on accède à la troisième terrasse, le domaine divin. En façade du portique, des piliers osiriaques reproduisent l'effigie de la reine. Une porte en granit donne accès à une vaste cour hypostyle dont les murs représentent la fête d'Opet et la fête de la Vallée.

Des chapelles s'ouvrent sur cet espace:
au Nord: la chapelle haute d'Anubis (reproduisant le plan de la chapelle basse de la deuxième terrasse) et la chapelle d'Amon;
au Sud, trois espaces sont consacrés au culte royal de la reine et de son père Thoutmosis I.

Les mots ne rendent pas le charme du site et seules des reconstitutions  peuvent donner une petite idée de l'ambiance impressionnante qui régnait en ce lieu: ici et en images de synthèse (excellent site de Gérard Homann), .
Une fois par an, à la nouvelle lune du 2e mois de Shemou (été), le temple est le siège d'une grande manifestation: la Fête de la Vallée, pendant laquelle le dieu Amon de Karnak rend visite aux tombes et temples de Millions d'années de Thèbes. Le roi accompagne la barque divine dans cette visite aux dieux et aux rois défunts afin d'accomplir le culte des ancêtres. Plus de renseignements sur cette fête

Toujours à Deir el-Bahari: le Kha-akhet

Pendant des années, l'existence de ce temple n'a été connue que par des inscriptions découvertes dans la Chapelle Rouge, dans un dépôt de fondation près du Djeser-djeserou, sur une stèle dans la tombe de Djehuti... On ignorait son emplacement. Une équipe d'égyptologues polonais opérant sur le site de Deir el-Bahari à partir de 1970 découvrit un ensemble de vestiges qui les amenèrent à penser, en 1981, qu'il pourrait s'agir du Kha-akhet.
Ce monument se situe entre la terrasse supérieure du Djeser-djeserou et le temple funéraire de Montouhotep II et les domine. Il est consacré au dieu Amon.
Thoutmosis III le reprit ensuite à son compte, l'agrandit et le renomma: "Djeser-akhet".

 

 

Hatshepsout page 3

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